Pourquoi mes tomates du jardin ont des taches noires ?
C'est la question la plus mal posée du potager — et c'est pour ça qu'on traite souvent le mauvais problème. « Tache noire » désigne trois choses complètement différentes, qui n'ont ni la même cause, ni le même remède : une tache au bas du fruit, une tache sur les feuilles, et une tache sur un fruit mûr. Commencez par regarder où elle est.
Une tache noire au bas du fruit (à l'opposé du pédoncule)
n'est pas une maladie : c'est un manque de calcium
dans le fruit. On l'appelle le « cul noir ».
Une tache sur les feuilles, c'est un champignon ou un
mildiou.
Une tache sur un fruit mûr, près du pédoncule, c'est
une pourriture qui profite de la maturité.
Ce ne sont pas les mêmes problèmes, et aucun n'est contagieux de la première façon.
Cas n°1 — La tache au bas du fruit : le « cul noir »
C'est le cas le plus fréquent au jardin, et le plus mal compris. La tache apparaît sur le fruit, à l'opposé du pédoncule, elle est d'abord brune puis noire et sèche. Ce n'est pas une maladie infectieuse.
La fiche officielle de l'INRAE est précise : cette affection est liée à « un manque de calcium dans la partie distale des fruits, consécutif à un défaut d'absorption de cet élément par les racines ou à son transport insuffisant via la sève brute dans le xylème ».
Le mécanisme est confirmé par la recherche : quand l'apport ou le transport du calcium est insuffisant, des carences locales apparaissent, ce qui peut mener à une rupture des membranes et de la paroi cellulaire — et, chez le fruit, à ce désordre.
Ce n'est donc PAS un manque de calcium dans le sol
C'est la nuance qui change tout, et c'est celle que les blogs ratent. Le problème est un problème de transport, pas de réserve : la plupart des sols contiennent assez de calcium. Ce qui manque, c'est la capacité de la plante à l'amener jusqu'au bout du fruit.
Et c'est là que l'arrosage entre en jeu. La fiche INRAE cite parmi les causes : « des irrigations insuffisantes ou mal réparties dans le temps, à l'origine d'une fluctuation trop importante de l'humidité du sol ».
Le calcium voyage avec l'eau. Un sol qui s'assèche puis se gorge fait des à-coups dans ce transport — et le fruit, qui est le dernier servi, en paie le prix.
Conséquence pratique : ajouter du calcium au sol ne sert à rien dans la plupart des cas. Arroser régulièrement, oui.
Cas n°2 — La tache sur les FEUILLES
Ici, on change complètement de sujet : ce sont des maladies, et elles sont infectieuses. Deux sont courantes, et il faut les distinguer.
Le mildiou
Causé par Phytophthora infestans, c'est la maladie la plus redoutée. La fiche INRAE : « le mildiou peut s'attaquer à tous les organes aériens de la tomate. Il se caractérise par le développement de taches d'abord humides, voire de plages, sur les folioles. » Ces taches brunissent puis se nécrosent.
Le signe qui le distingue : les taches sont d'abord humides. Elles apparaissent par temps humide — pluies, rosées, arrosage par aspersion. Le mildiou aime l'eau sur les feuilles.
L'alternariose
Due à Alternaria solani et espèces proches, on l'appelle aussi « brûlure alternarienne ». La fiche INRAE la décrit ainsi : « sur les plantes adultes, elle occasionne surtout des taches foliaires se développant plutôt sur les feuilles basses et matures puis progressant vers les apex. Ces taches sont dans un premier temps vert sombre, puis deviennent rapidement brunes à noires. »
Les signes qui la distinguent du mildiou : elle commence par le bas de la plante, sur les feuilles âgées, et progresse vers le haut. Les taches sont vert sombre dès le début — pas humides.
Cas n°3 — La tache sur un FRUIT MÛR
Le troisième cas n'a rien à voir avec les deux premiers. Ici, la tache est sur le fruit, elle est en creux, mal délimitée, et elle se situe souvent près du pédoncule.
C'est une pourriture noire, due à Alternaria alternata et à d'autres champignons. La fiche INRAE décrit les lésions dont « les tissus sous-cuticulaires situés en leur centre ne tardent pas à brunir puis à noircir ».
Et voici pourquoi elle arrive sur les fruits mûrs, et pas avant : ce sont des champignons « très présents dans l'environnement des cultures » qui « s'installent de plus en plus facilement sur les fruits au fur et à mesure que ceux-ci mûrissent ».
Le fruit mûr est une porte ouverte. Ce n'est pas un défaut de culture : c'est le moment où le fruit devient vulnérable. La réponse est de récolter à point et de ne pas laisser traîner les fruits mûrs sur le plant.
Au bas du fruit, sec, noir → cul noir. Ce n'est pas une
maladie. Arrosez régulièrement.
Sur les feuilles basses, taches vert sombre puis noires, du bas
vers le haut → alternariose.
Sur les feuilles, taches d'abord humides, par temps
humide → mildiou.
Sur un fruit mûr, en creux, près du pédoncule →
pourriture noire. Récoltez à point.
Et dans tous les cas : une tomate atteinte de pourriture se jette. Un fruit avec un cul noir se coupe — la partie saine se mange, la tache non.
Les sources
- Ephytia — INRAE, « Nécrose apicale sur fruits » — l'encyclopédie officielle française de la santé des plantes. Source du mécanisme du cul noir (calcium mal transporté) et de l'arrosage irrégulier.
- Frontiers in Plant Science, 2016 — le mécanisme : « quand l'apport en calcium est faible ou que son transport est perturbé, des carences locales apparaissent. Cela peut mener à une rupture des membranes et/ou une défaillance de la paroi cellulaire. »
- Ephytia — INRAE, « Phytophthora infestans (mildiou aérien) » — les symptômes du mildiou sur tomate.
- Ephytia — INRAE, « Alternaria linariae (alternariose) » — les taches foliaires vert sombre devenant brunes à noires, du bas vers le haut de la plante.
- Ephytia — INRAE, « Alternaria alternata et autres pourritures noires » — « ils s'installent de plus en plus facilement sur les fruits au fur et à mesure que ceux-ci mûrissent. »
Chaque affirmation de cette page vient d'une de ces sources, et le lien est donné pour que vous puissiez vérifier vous-même. Les citations ont été retrouvées mot pour mot dans les pages citées avant publication. Ephytia est l'encyclopédie de l'INRAE : gratuite, avec auteurs nommés et dates de révision.