Le mildiou de la tomate : comment le reconnaître, l'éviter, le traiter ?
Le mildiou n'est pas un champignon : c'est un chromiste, Phytophthora infestans, un micro-organisme apparenté aux algues. C'est ce qui explique tout le reste : sans eau sur les feuilles, il ne peut pas infecter. Le reconnaître tôt, lui retirer l'eau et l'humidité : voilà l'essentiel de ce qu'un jardinier peut faire.
Reconnaître : des taches d'abord
humides sur les feuilles, qui virent au vert pâle puis
au brun et se nécrosent, souvent avec un duvet blanc
sous la feuille.
Prévenir : une variété résistante,
arroser au pied (jamais les feuilles), aérer
sous abri, supprimer les premières atteintes.
Traiter : les fongicides ne sont efficaces
qu'en préventif, et en bio c'est le cuivre
qui domine, avec ses limites.
Un point qui change tout : la maladie se développe surtout entre 16 et 22 °C et par humidité très élevée. Il suffit de 2 heures d'eau sur les feuilles pour déclencher une infection.
Qu'est-ce que le mildiou de la tomate ?
La maladie est due à Phytophthora infestans. La fiche de l'INRAE le classe parmi les Chromista (les oomycètes) et précise qu'il est responsable du « mildiou de la tomate (late blight) ». Ce n'est donc pas un champignon au sens strict.
La fiche VigiMildiou de l'INRAE le dit en une phrase : c'est « un microbe apparenté aux algues, ce qui explique la nécessité de présence d'eau (eau libre ou humidité saturante) pour permettre l'infection des plantes ». Retenez cette phrase : elle commande toute la prévention.
En France, le mildiou de la tomate « s'est fortement accentué depuis les années 1990 », et il touche aussi bien les cultures professionnelles que « les jardiniers amateurs ». Il est plus faible sous abri que plein champ.
Comment le reconnaître ? Les symptômes
L'INRAE rappelle d'abord que « le mildiou peut s'attaquer à tous les organes aériens de la tomate ». Les symptômes ne sont donc pas seulement sur les feuilles.
Sur les feuilles
C'est le signe le plus visible et le plus précoce : la fiche INRAE décrit « le développement de taches d'abord humides, voire de plages, sur les folioles », qui donnent aux tissus touchés une teinte « vert pâle à vert brun ». Ces zones « ne tardent pas à brunir et se nécroser ».
Le détail qui distingue le mildiou : sous la feuille, sur la marge mal définie de la tache, se forme parfois « un discret et fugace duvet blanc », ce sont les organes qui portent les spores. Il n'est visible que par forte humidité et sur la face inférieure.
Sur les tiges
La fiche INRAE signale « des lésions chancreuses plus ou moins étendues, brunes, au contour irrégulier » sur les tiges et les pétioles. Elles les « ceinturent souvent plus ou moins », une tige ceinturée peut casser ou mourir.
Sur les fruits
Les fruits atteints tôt présentent « des marbrures brunes très caractéristiques » et sont « souvent bosselés ». Fait notable : ils « restent relativement fermes quelle que soit la précocité de l'attaque », contrairement à beaucoup de pourritures, un fruit mildiousé n'est pas forcément mou.
Les conditions qui le déclenchent
Le mildiou est « extrêmement influencé par les conditions climatiques ». Les chiffres donnés par l'INRAE sont précis et permettent de savoir quand surveiller :
Sa sporulation est optimale entre 16 et 22 °C et il lui faut impérativement une humidité relative supérieure à 90 %. Les « nuits froides et journées modérément chaudes, avec une forte humidité, favorisent son extension ». À l'inverse, « une atmosphère sèche et des températures proches de 30 °C l'inhivent ».
Et le seuil à retenir : « il ne faut que 2 heures d'eau sur les feuilles pour déclencher une infection ». La pluie, l'arrosage par aspersion, le brouillard et la rosée sont « très favorables aux épidémies de mildiou ».
Autrement dit : une nuit douce et humide après une pluie est le signal d'alerte. La fiche VigiMildiou résume : les premiers symptômes apparaissent « quelques jours après une période de pluie ou de forte humidité ».
Comment le prévenir ?
C'est ici que se joue l'essentiel, car la prévention est bien plus efficace que la guérison. La fiche INRAE « Moyens de lutte préventifs » en donne la liste.
1. Choisir une variété résistante
La première recommandation de l'INRAE est le « choix de la variété : préférez une variété résistante ou peu sensible au mildiou ». La recherche confirme l'intérêt de cette voie : des travaux publiés en 2024 ont identifié dix régions du génome (QTL) associées à la résistance chez une tomate sauvage, Solanum pimpinellifolium, utilisables en sélection.
Mais attention à ne pas en attendre un remède absolu : ces mêmes travaux rappellent que « de nouveaux génotypes agressifs du pathogène apparaissent » et que « certains contournent la résistance actuellement disponible ». La résistance réduit le risque ; elle ne l'annule pas.
2. Supprimer les sources de contamination
Le mildiou ne repart pas de rien chaque printemps. L'INRAE liste les réservoirs : « repousses, compost contenant des restes d'une culture antérieure malade, résidus de cultures malades (tas de déchets), voire plants contaminés ». D'où trois gestes : détruire les repousses, ne pas composter les résidus malades, et vérifier la qualité des plants achetés ou produits.
3. Retirer l'eau et l'humidité des feuilles
Puisque le pathogène a besoin d'eau libre, la consigne de l'INRAE est de « limiter au maximum l'humidité sur les organes aériens ». Concrètement : arroser au pied des plantes et, au besoin, pailler pour éviter les projections d'eau du sol vers les feuilles basses. Sous abri, « aérer afin de réduire l'humidité ».
4. Surveiller et couper tôt
L'INRAE insiste : il faut « suivre les cultures pour éliminer le plus tôt possible les premières infections, en supprimant les folioles infectées avant que l'infection ne gagne les tiges ou les fruits ». En fin de culture, éliminer les débris végétaux.
5. Éloigner tomates et pommes de terre
Le mildiou de la tomate et celui de la pomme de terre sont proches, et les souches de tomate peuvent aussi infecter la pomme de terre. L'INRAE recommande donc d'éviter de cultiver des tomates à proximité immédiate des pommes de terre.
Comment le traiter ?
Il faut être honnête : il n'existe pas de traitement curatif fiable une fois que la maladie est installée. La fiche INRAE « Méthodes de protection » est claire sur la stratégie : l'extension du mildiou « étant très rapide, il y a lieu de réagir promptement lorsqu'on observe les tout premiers symptômes », et les fongicides doivent être « appliqués préventivement et chaque semaine » pour être opérants.
Deux avertissements de la même fiche comptent pour un jardinier : les « traitements curatifs, à l'efficacité relative, favorisent davantage l'apparition de souches résistantes », et il faut « alterner des fongicides à modes d'action différents ». Autrement dit, traiter à l'aveugle et tard ne fait qu'aider le pathogène.
Et le cuivre (bouillie bordelaise) ?
En production biologique, la recherche est constante : les formulations à base de cuivre y sont « les fongicides homologués les plus efficaces » pour le mildiou, mais elles sont surtout efficaces en préventif. Et elles ont un revers : avec des applications répétées, « il y a un risque que le cuivre s'accumule dans le sol, avec des effets potentiellement néfastes sur les micro-organismes du sol ».
C'est précisément pourquoi l'INRAE a mené une expertise collective entière sur le sujet : « l'agriculture biologique peut-elle se passer du cuivre ? ». Ce rapport examine les alternatives (préparations naturelles, biocontrôle, résistance variétale, méthodes prophylactiques), sans conclure à une solution prête à l'emploi qui remplacerait le cuivre partout.
Ce que nous n'avons pas trouvé, et nous le disons : une source scientifique officielle donnant un dosage domestique chiffré de bouillie bordelaise pour un potager amateur. Les recommandations de dosage relèvent du produit commercial et de son étiquette : lisez-la.
Le tableau qui résume
| Symptôme | Cause | Ce qu'on fait |
|---|---|---|
| Taches d'abord humides sur les feuilles, puis vert pâle à brun, se nécrosant | Phytophthora infestans, un chromiste qui a besoin d'eau libre | Retirer les folioles atteintes, arrêter de mouiller le feuillage, aérer |
| Duvet blanc discret sous la feuille, sur la marge de la tache | Organes porteurs des spores du mildiou (par forte humidité) | Confirme le diagnostic ; redouble de vigilance les jours humides |
| Lésions brunes irrégulières ceinturant tiges et pétioles | Progression du mildiou vers les organes non foliaires | Couper les parties atteintes avant que la plante ne casse ou meure |
| Fruits bosselés, marbrures brunes, mais fermes | Attaque précoce du mildiou sur fruit | Éliminer les fruits atteints ; ne pas les composter |
| Réapparition chaque année au même endroit | Réservoirs : repousses, compost, résidus malades, plants contaminés | Détruire les repousses, ne pas composter les résidus malades |
Les sources
- Ephytia : INRAE, « Tomate, Phytophthora infestans (mildiou aérien) » (auteur : D. Blancard, INRAE) : la classification (Chromista, oomycète), la recrudescence depuis les années 1990 et le fait qu'il touche aussi les jardiniers amateurs.
- Ephytia : INRAE, « Tomate : Principaux symptômes » : les taches d'abord humides, la teinte vert pâle à vert brun, le duvet blanc à la face inférieure, les lésions sur tiges et pétioles, les marbrures des fruits.
- Ephytia : INRAE, « Tomate : Biologie, épidémiologie » : sporulation optimale entre 16 et 22 °C, humidité relative supérieure à 90 %, 2 heures d'eau sur les feuilles pour déclencher une infection, inhibition au-delà de 30 °C.
- Ephytia : INRAE, « Tomate : Méthodes de protection » : réagir dès les premiers symptômes, fongicides préventifs et hebdomadaires, traitements curatifs qui favorisent les résistances.
- Ephytia : INRAE, « VigiMildiou : Le mildiou de la tomate » : « microbe apparenté aux algues », sources d'inoculum primaire et liste des moyens de lutte préventifs (variété, propreté, arrosage au pied, aération).
- Hypp (INRAE), « Phytophthora infestans : Caractéristiques et symptômes de la maladie » (auteurs : D. Blancard, INRAE ; J. Montarry, INRA) : taches à aspect huileux, plages brunes à marges vert pâle, fruits bosselés restant fermes.
- Plant Disease (APS), Seidl Johnson et al., « Efficacy of Organic and Conventional Fungicides… Control of Tomato Late Blight » : les formulations à base de cuivre sont les fongicides homologués les plus efficaces en bio, et le risque d'accumulation du cuivre dans le sol.
- Frontiers in Plant Science / PMC, Sullenberger & Foolad, 2024, « QTLs for late blight resistance in the wild tomato » : dix régions du génome associées à la résistance, et l'apparition de génotypes du pathogène qui contournent la résistance disponible.
- INRAE (2018), « Can organic agriculture cope without copper for disease control? » : expertise scientifique collective sur les alternatives au cuivre (préparations naturelles, biocontrôle, résistance variétale, prophylaxie).
Chaque affirmation de cette page vient d'une de ces sources, et le lien est donné pour que vous puissiez vérifier vous-même. Les citations ont été retrouvées mot pour mot dans les pages citées avant publication. Les fiches Ephytia et Hypp sont l'encyclopédie officielle de l'INRAE : gratuites, avec auteurs nommés et dates de révision. Là où nous n'avons pas trouvé de source officielle, le dosage domestique du cuivre, nous l'écrivons au lieu de l'inventer.