La ferme, ça pousse
Les tomates

Qui mange mes tomates ? Identifier le coupable

Une tomate disparue, trouée ou vidée n'a pas toujours le même coupable. Ce n'est pas la tomate qui vous le dira : ce sont les traces laissées autour. Un coup de bec, une galerie avec des déjections, une traînée de mucus, des crottes ou une feuille déformée ne racontent pas la même histoire. Commencez par regarder comment le fruit est attaqué, puis ce qu'il reste sur place.

La réponse courte

Un fruit percé d'un trou net et mangé près du pédoncule, avec des déjections à l'intérieur : c'est une chenille (noctuelle), le fameux « ver de la tomate ».
Un fruit piqué de plusieurs coups de bec, sans trou profond unique : ce sont les oiseaux.
Un fruit grignoté en surface, avec des crottes sombres et des marques de dents : un rongeur (rat, mulot).
Un fruit bas, au contact du sol, rongé en surface et couvert d'une traînée brillante : une limace.
Pas de trou du tout, mais des feuilles qui se recroquevillent et un dépôt collant : des pucerons.

Le puceron ne mange pas vos tomates : il pompe la sève. S'il n'y a pas de fruit abîmé, ne le cherchez pas du côté des trous.

1. Les oiseaux : des coups de bec, pas une bouchée

Les oiseaux ne mangent pas la tomate entière : ils la piquent. La fiche de l'INRAE est précise : « les tomates vertes ou matures constituent des “mets” bien appétissants pour plusieurs espèces d'oiseaux. Au cours de leur alimentation, les nombreux coups de bec occasionnent des lésions plus ou moins profondes dans les fruits. »

Et ces lésions ont une conséquence que l'on sous-estime : « ces dernières constituent des portes d'entrée pour de nombreux micro-organismes, et notamment diverses moisissures, qui pourront les coloniser et entraîner des foyers de pourriture. »

La signature des oiseaux : plusieurs impacts localisés, souvent sur les fruits les plus hauts et les plus colorés, c'est la couleur qui les attire. Le fruit n'est pas vidé : il est marqué, puis il pourrit sur pied.

2. Les rats et les autres rongeurs : grignotage et crottes

Le rat s'attaque à ce qui est accessible : fruits bas, fruits tombés, tiges. L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) le classe sans ambiguïté parmi les nuisibles parce qu'ils « consomment et endommagent les aliments sur pied et en entrepôt ». Un rat laisse aussi des traces sanitaires : urine et déjections.

Il faut distinguer les rongeurs, car ils ne font pas les mêmes dégâts. L'INRAE le rappelle pour le campagnol (rat taupier) : il « creuse des galeries dans le sol où il se reproduit et où il se nourrit des racines des végétaux ». Autrement dit : un campagnol vous prend les racines et fait flétrir le plant, il ne grimpe pas manger le fruit. Un rat, lui, s'attaque aux parties aériennes.

Honnêtement : la littérature scientifique documente surtout les rongeurs comme ravageurs des cultures et des denrées stockées. Les études spécifiques sur le potager amateur sont rares. Ce qui est établi, et sur quoi on peut s'appuyer, c'est la distinction des dégâts : racines rongées et galeries = campagnol ; fruits et tiges grignotés en surface = rat ou mulot.

3. Les limaces : des râpes, pas des dents

Une limace ne mord pas : elle rape. L'encyclopédie de protection des plantes de l'INRAE décrit une bouche « munie d'une radula, sorte de râpe qui permet à l'animal de décaper les tissus végétaux », et un déplacement qui « laisse une trace de mucus ».

La fiche INRAE consacrée aux limaces ajoute deux éléments décisifs pour l'identification : elles ont « une activité nocturne », et « de nombreuses cultures maraîchères […] peuvent être dévastées par les limaces ». Les dégâts qu'elles font sont des galeries creusées dans la chair, qui favorisent ensuite les pourritures.

La signature de la limace : les dégâts sont sur les fruits au contact du sol, et il reste une traînée brillante qui devient argentée en séchant. On cherche souvent les limaces en plein jour sans les trouver : elles sortent la nuit.

4. Les chenilles : le trou net et les déjections

C'est le cas le plus souvent confondu avec « un ver ». La fiche INRAE décrit exactement ce qu'on voit : les chenilles de noctuelles « s'attaquent aussi aux fruits ; ces derniers sont ainsi plus ou moins rongés plutôt à proximité du pédoncule, voire troués. Des galeries et de nombreuses déjections sont visibles à l'intérieur. »

Deux conséquences sont notées par la même source : ces perforations « induisent une maturation précoce des fruits » et « facilitent la pénétration de nombreux agents de pourriture ».

La signature de la chenille : le fruit se colore trop vite, il a un trou près du pédoncule, et surtout il y a des déjections à l'intérieur. C'est ce dernier indice qui la distingue des oiseaux.

5. Les vers : attention, il y en a deux sortes

Quand on parle de « ver » dans les tomates, il faut séparer deux choses complètement différentes.

Le « ver de la tomate » dans le fruit

Ce n'est pas un ver : c'est une chenille. La noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera) est décrite par l'INRAE comme une espèce dont « les chenilles sont polyphages et s'attaquent aux plantes de coton, tomate, maïs, tabac, tournesol », et pour laquelle « en cultures sous serre, les tomates sont particulièrement affectées ».

L'INRAE recense aussi d'autres espèces qui consomment les fruits et y provoquent « des cavités profondes et humides » : la noctuelle des fruits de la tomate (Helicoverpa zea), la noctuelle des bourgeons du tabac, et des sphinx dont les chenilles consomment « les feuilles, les jeunes tiges et les fruits verts ».

La signature : la même que la chenille ci-dessus, trou + galerie + déjections.

Le « ver gris » qui coupe le plant au sol

Autre chose encore : le ver gris est une larve de noctuelle terricole (Agrotis). L'INRAE le décrit comme un ravageur qui « consomme la tige des jeunes plants au niveau du sol », et plus rarement les fruits et les feuilles à son contact.

La signature du ver gris : le plant est coupé ou flétri au ras du sol, pas le fruit. C'est un problème de tige, pas de récolte. On le trouve en grattant la terre au pied de la plante.

6. Les pucerons : la sève, pas la chair

Si vos tomates ne sont pas trouées mais que les feuilles se déforment, suspectez les pucerons. L'INRAE décrit le mécanisme : leurs « piqûres nutritionnelles sont à l'origine des ponctuations chlorotiques et peuvent déformer les jeunes folioles », avec « une réduction de la croissance des jeunes pousses, voire des plantes ».

Ils laissent aussi un dépôt sucré, le miellat, sur lequel se développe la fumagine, un champignon noir qui réduit la photosynthèse et peut souiller les fruits.

La signature des pucerons : des colonies sur la face inférieure des feuilles, des mues blanches sur la végétation, et un dépôt collant. Et une précision qui évite de se tromper : ce ne sont pas eux qui font disparaître vos tomates.

Le tableau de diagnostic

Quel animal Quel dégât Quelle preuve Quoi faire
Oiseaux Fruit piqué, lésions plus ou moins profondes, puis pourriture Plusieurs coups de bec, souvent sur les fruits hauts et colorés ; fruit non vidé Protéger les fruits (filet, voile) plutôt que d'agir sur les oiseaux
Rat / mulot Fruits et tiges grignotés en surface Marques de dents, crottes sombres, dégâts près d'un abri ou du compost Rendre le terrain moins accueillant ; ne pas laisser traîner les fruits tombés
Campagnol (rat taupier) Racines et parties souterraines Galeries, tumulus de terre ; plant qui flétrit sans raison Ce n'est pas le fruit : c'est un problème de racines
Limaces Fruit bas rongé, galeries dans la chair Traînée de mucus brillante (argentée en séchant) ; dégâts nocturnes Chercher le soir ou tôt le matin ; dégager les fruits du sol
Chenilles (noctuelles) Fruit troué près du pédoncule, galeries internes, maturation précoce Déjections visibles à l'intérieur du fruit Retirer et détruire les fruits atteints ; surveiller les jeunes chenilles
Ver gris (Agrotis) Tige des jeunes plants coupée au niveau du sol Plant flétri ou sectionné au ras de la terre ; larve dans le sol Gratter la terre au pied des plants pour confirmer
Pucerons Feuilles déformées, ponctuations chlorotiques, croissance ralentie Colonies sous les feuilles, mues blanches, dépôt collant (miellat, fumagine) Ne font pas disparaître les fruits ; surveiller les jeunes pousses
La règle qui tranche

Un trou avec des déjections dedans : chenille ou ver.
Plusieurs impacts sans déjection, fruit non vidé : oiseaux.
Traînée brillante, fruit au sol : limace.
Marques de dents et crottes : rongeur.
Aucun trou, feuilles recroquevillées : pucerons.

Les sources

  1. Ephytia : INRAE, « Tomate : Dégâts d'oiseaux sur fruits » : les coups de bec, les lésions, et le fait que ces lésions sont des portes d'entrée pour les moisissures.
  2. Ephytia : INRAE, « Tomate : Papillons de nuit (noctuelles) » : les fruits rongés près du pédoncule, les galeries et déjections internes, la maturation précoce, la porte ouverte aux pourritures.
  3. Ephytia : INRAE, « Tomate : Autres ravageurs » : le tableau des ravageurs des fruits : vers gris (Agrotis), noctuelle des fruits de la tomate (Helicoverpa zea), sphinx.
  4. Ephytia : INRAE, « Helicoverpa armigera (Noctuelle de la tomate) » : la chenille polyphage, et la tomate particulièrement affectée sous serre.
  5. Ephytia : INRAE, « Agrotis segetum (Noctuelle des moissons) » : le lépidoptère dont les larves sont voraces et très polyphages.
  6. Ephytia : INRAE, « Tomate : Pucerons » : les piqûres nutritionnelles, les folioles déformées, le miellat et la fumagine.
  7. Ephytia : INRAE, Hypp, « Gastéropodes (Gastropoda) » : la radula « sorte de râpe », la trace de mucus, et les limaces dommageables en Europe (Deroceras reticulatum, Arion hortensis).
  8. Ephytia : INRAE, « Limaces » : l'activité nocturne des limaces, et le fait que de nombreuses cultures maraîchères peuvent être dévastées par elles.
  9. FAO, « The economic importance of rodent pests » : les rats et souris consomment et endommagent les aliments « sur pied et en entrepôt ».
  10. INRAE : Actualité, « Lutter contre la prolifération de campagnols » : le campagnol (Arvicola terrestris) creuse des galeries et se nourrit des racines : à ne pas confondre avec un rat.

Chaque affirmation de cette page vient d'une de ces sources, et le lien est donné pour que vous puissiez vérifier vous-même. Les citations ont été retrouvées mot pour mot dans les pages citées avant publication. Ephytia est l'encyclopédie de l'INRAE : gratuite, avec auteurs nommés et dates de révision. Pour les rongeurs, la documentation scientifique porte surtout sur les cultures et les denrées stockées ; les études propres au potager amateur sont rares, et nous l'écrivons plutôt que de l'inventer.