La ferme, ça pousse
Les tomates

Quand cueillir les tomates ? Les signes qui ne trompent pas

La taille du fruit ne dit rien, et le calendrier non plus. Le vrai signal, c'est la couleur qui « casse » au cul du fruit, la tache pâle qui apparaît à l'opposé du pédoncule. À partir de ce moment, la tomate sait finir de mûrir toute seule. Et il y a un second signe, que presque personne ne regarde : le fruit qui se détache presque tout seul quand on le fait tourner.

La réponse courte

La couleur d'abord. On surveille le cul du fruit (le bout opposé au pédoncule) : quand une tache jaune-rosée y apparaît, la tomate est mûre au sens physiologique et peut finir de rougir à l'intérieur.
Le détachement ensuite. Une tomate prête se sépare d'une légère torsion. Si elle résiste, elle n'est pas prête : forcer abîme le pédoncule.

Pour la manger tout de suite, on attend la couleur pleine. Pour la stocker ou la transporter, on cueille dès la première tache de couleur.

Le seul repère fiable : la couleur, au cul du fruit

La tomate ne rougit pas d'un coup. Elle mûrit du bas vers le haut : la couleur part du cul (le bout opposé au pédoncule) et remonte vers le collet. Ce n'est pas une impression de jardinier : c'est la base des six stades officiels de maturité que l'USDA utilise pour classer les tomates, et que l'INRAE et la recherche reprennent.

Ces stades sont définis par un pourcentage de surface colorée. La loi américaine les nomme ainsi : green (vert), breakers, turning, pink, light red, red. Le stade « breakers » est le premier où quelque chose se voit : « une rupture nette de couleur du vert vers le jaune-tan, le rose ou le rouge sur au plus 10 % de la surface ».

Ce premier signe n'est pas anodin. Pour l'université d'État de Pennsylvanie (Penn State Extension), c'est à ce moment que « la couleur est visible au cul de la tomate et qu'on la considère comme mûrie sur pied », et que « la tomate produit de l'éthylène, un agent de mûrissement produit par la plante ».

Pourquoi une tomate cueillie continue de mûrir

C'est la particularité de la tomate : elle appartient aux fruits climactériques. La revue Molecular regulation of fruit ripening (Frontiers in Plant Science) le formule ainsi : les fruits se classent en deux groupes, climactériques et non climactériques, « selon leur activité respiratoire et leur production d'éthylène pendant le mûrissement ».

Et chez ces fruits : « la synthèse d'éthylène chez les fruits climactériques comme la tomate, la pomme et la banane est essentielle au mûrissement normal ; bloquer sa synthèse ou sa perception empêche le mûrissement. » Autrement dit : la tomate embarque son propre déclencheur de mûrissement. C'est pour ça qu'une tomate cueillie à temps finit de rougir sur le comptoir.

Le signe qu'on ne regarde jamais : le « joint » du pédoncule

Sur la petite tige verte qui porte le fruit (le pédoncule), il y a un renflement, une sorte de « articulation ». La revue Abscission zones : cellular interfaces for the programmed separation of organs la décrit précisément : « chez la tomate, une zone d'abscission décrite comme un “joint” se forme à peu près à mi-chemin du pédoncule ».

C'est le point de rupture naturel que la plante a prévu. Et son déclenchement est lié au mûrissement : « l'abscission du pédoncule du fruit de tomate est induite par le mûrissement ».

En pratique : une tomate prête se détache d'une légère torsion, sans résistance. Si elle résiste, on ne tire pas, on attend un jour de plus.

La nuance qui change tout : « détachée » ne veut pas dire « coupée »

On lit partout qu'au stade « breakers », la tomate « ne reçoit plus aucun nutriment de la plante » parce qu'une pellicule se forme entre la tige et le fruit. Penn State l'écrit. C'est vrai en partie, et faux dans la conclusion qu'on en tire.

Une étude publiée dans Plant Biotechnology Journal a comparé des tomates mûries sur et hors de la plante. Résultat : « les teneurs en saccharose et en glucose des fruits mûris hors plante étaient cinq fois inférieures à celles des fruits mûris sur plante, ce qui suggère qu'un apport considérable de saccharose se poursuit au-delà du moment où la zone d'abscission se forme. »

Traduction : le sucre continue d'arriver après le stade « breakers ». Une tomate finie sur pied est donc plus sucrée qu'une tomate finie sur le comptoir. Cueillir tôt, c'est gagner en conservation et en résistance, pas en goût.

La chaleur et le froid décident du goût

Le mûrissement est sensible à la température, dans les deux sens.

Trop chaud : Penn State est net, « si le temps reste très chaud, au-dessus de 85 °F (environ 29 °C), le mûrissement ralentit ou s'arrête. » Et une tomate mûrie hors plante au-dessus de 25 °C, selon le Postharvest Research and Extension Center de l'université de Californie à Davis, « développera une couleur plus jaune et moins rouge, et sera plus molle ».

Trop froid : c'est le piège du réfrigérateur. Pour l'université de Californie à Davis, « les tomates sont sensibles au froid en dessous de 10 °C si elles sont gardées plus de deux semaines ». Et une étude publiée dans Horticulture Research précise le seuil : « les fruits de tomate stockés en dessous de 12,5 °C peuvent montrer, au réchauffement, des symptômes de blessure de froid : fermeté et texture anormales, mûrissement inégal, piqûres à la surface, et pourriture d'origine fongique. »

La fiche INRAE (Ephytia) ajoute la conséquence pratique pour le potager : il faut « éviter de récolter à un stade de maturité avancée » et les dégâts dus au froid, car « les effets du froid et la maturité avancée permettent à de nombreux micro-organismes secondaires d'envahir les fruits ».

Conclusion : on ne met pas les tomates au frigo. Et on cueille avant de laisser un fruit trop mûr s'abîmer sur le plant.

Alors, on cueille quand ? Ça dépend de ce qu'on en fait

Il n'y a pas une bonne date, il y a un bon stade, et il change selon l'usage.

Pour manger tout de suite ou offrir : on attend la couleur pleine, quitte à laisser le fruit finir sur pied. C'est là qu'il est le plus sucré.

Pour stocker, transporter, ou tenir plusieurs jours : on cueille dès le stade « breakers ». Le fruit est ferme, il résiste à la manipulation, et il finit de mûrir à l'intérieur.

Avant le gel ou une fin de saison : on rentre les fruits colorés en priorité. Un fruit vert déjà gros et brillant peut aussi être cueilli et mûri à l'abri.

Le tableau qui ne trompe pas

Stade de maturité Ce qu'on voit sur le fruit Ce qu'on fait
Vert mature Entièrement vert, brillant, taille définitive. La couleur change à l'intérieur, pas sur la peau. On attend. Cueilli trop tôt, il ne mûrira jamais correctement.
Breakers (la rupture) Une tache jaune-rosée au cul du fruit, sur moins de 10 % de la surface. Premier stade où on peut cueillir. Le fruit finit de mûrir à l'intérieur. Idéal pour stocker ou transporter.
Turning (tournant) 10 à 30 % de la surface a viré du vert au jaune, rose ou rouge. Bon compromis : encore ferme, et il finira de rougir à la maison.
Rose (pink) 30 à 60 % de la surface est rose ou rouge. À cueillir pour une consommation proche. Encore ferme, peu fragile.
Rouge clair (light red) 60 à 90 % de la surface est rouge. À cueillir sous un à deux jours. C'est le moment pour la table.
Rouge (red) Plus de 90 % de la surface est rouge. Pleine maturité. À manger vite. Au-delà, elle ramollit et les pourritures s'installent.
Les deux réflexes à retenir

1. On regarde le cul du fruit, pas le collet. C'est là que la couleur casse en premier, donc là que se lit la maturité.
2. On tord, on ne tire pas. Le « joint » du pédoncule cède quand le fruit est prêt. S'il résiste, on repose.

Et pour le goût : la tomate la plus sucrée est celle qui a fini de mûrir sur pied. La tomate la plus solide est celle qu'on a cueillie dès la première tache de couleur.

Les sources

  1. Code of Federal Regulations des États-Unis, 7 CFR 51.1860, « Color classification » : la définition officielle des six stades de couleur de la tomate (green, breakers, turning, pink, light red, red) et leurs pourcentages de surface colorée.
  2. Penn State Extension (université d'État de Pennsylvanie), « Is This Tomato Ready to Harvest? » : les six stades de maturation, le rôle de l'éthylène et de la couleur au cul du fruit au stade « breakers », et l'arrêt du mûrissement au-dessus de 85 °F.
  3. Postharvest Research and Extension Center, université de Californie à Davis, « Tomato » : températures de stockage, sensibilité au froid sous 10 °C, et couleur plus jaune et moins rouge d'un fruit mûri hors plante au-dessus de 25 °C.
  4. « Molecular regulation of fruit ripening », Frontiers in Plant Science (Osorio, Scossa, Fernie) : la classification climactérique / non climactérique et le rôle essentiel de l'éthylène chez la tomate.
  5. « Genetic and metabolic effects of ripening mutations and vine detachment on tomato fruit quality », Plant Biotechnology Journal : la comparaison fruits mûris sur pied / hors plante : saccharose et glucose cinq fois plus bas hors plante, et poursuite de l'apport en saccharose après la formation de la zone d'abscission.
  6. « Abscission zones: cellular interfaces for the programmed separation of organs », revue : le « joint » de la tomate, zone d'abscission située à mi-chemin du pédoncule, dont le déclenchement est induit par le mûrissement.
  7. « Integrative analysis of the methylome and transcriptome of tomato fruit induced by postharvest handling », Horticulture Research : la blessure de froid au stockage sous 12,5 °C et ses symptômes au réchauffement.
  8. Ephytia : INRAE, « Tomate - Protection des fruits » : l'encyclopédie officielle française de la santé des plantes : éviter la récolte à un stade de maturité avancée et les dégâts de froid, qui favorisent les pourritures.

Chaque affirmation de cette page vient d'une de ces sources, et le lien est donné pour que vous puissiez vérifier vous-même. Les citations ont été retrouvées mot pour mot dans les pages citées avant publication. Ephytia est l'encyclopédie de l'INRAE : gratuite, avec auteurs nommés et dates de révision.