La ferme, ça pousse
Le potager

Quand planter — et que vaut vraiment le calendrier lunaire ?

C'est la question la plus posée du potager : 78 demandes récoltées, et presque toutes mentionnent la lune. « Calendrier lunaire des semis », « plantation avec la lune », « calendrier lunaire du potager gratuit ».

Il existe des centaines de sites qui vous vendront ce calendrier. Il en existe très peu qui vous diront ce que la science a trouvé quand elle l'a testé. Cette page est de ceux-là — et elle ne vous laissera pas sans réponse pour autant.

La réponse courte

La science a cherché. Elle n'a rien trouvé. Une revue scientifique de plus de 120 références n'a relevé aucune preuve fiable d'un lien entre les phases de la lune et la physiologie des plantes.

Mais la vraie question derrière « quand planter » a une réponse solide, et ce n'est pas la lune : c'est la température du sol. C'est mesuré, ça, et ça change tout.

1. Ce que dit la recherche

Une revue de synthèse publiée dans la revue Agronomy et résumée par un service d'extension universitaire américain (Washington State University) a passé en revue la littérature scientifique. Sa conclusion :

« Sur la base de leur revue et des facteurs que nous connaissons de l'influence de la lune sur la Terre, les auteurs de l'article d'Agronomy ont constaté qu'il n'existait aucune preuve scientifique fiable d'une relation entre les phases lunaires et la physiologie des plantes dans les manuels de science végétale ou les articles de revues à comité de lecture, qui puisse justifier des pratiques agricoles conditionnées par la Lune. »

2. Pourquoi ça ne peut pas marcher : deux chiffres

Ce n'est pas seulement que personne n'a trouvé d'effet. C'est que les deux mécanismes qu'on pourrait imaginer sont trop faibles pour agir. Et là, on a des chiffres.

La gravité

« La gravité de la lune telle qu'elle influence la Terre est environ 300 000 fois inférieure à l'effet de la gravité de la Terre elle-même. » Conclusion des chercheurs : cette influence est si négligeable qu'elle ne peut pas avoir d'effet significatif sur la physiologie des plantes.

La lune déplace les océans parce qu'il y a un océan entier à déplacer. Elle ne déplace pas la sève d'une tomate.

La lumière

Deuxième mécanisme possible : la lumière de la Lune. « Cette luminosité lunaire lors d'une pleine lune s'est révélée 128 000 fois inférieure à celle fournie par le soleil, et n'a pas été jugée significative dans la photosynthèse ou le cycle de vie des plantes. »

128 000 fois moins. Ce n'est pas « un peu moins » : c'est de l'ordre de la différence entre une lampe de poche et un projecteur de stade.

3. Ce que disent les institutions

Une bibliothèque horticole universitaire (Elisabeth C. Miller Library, Université de Washington) répond à la question de ses lecteurs par un aveu honnête : « je n'ai pas pu trouver d'études scientifiques étendues menées pour tester les bénéfices supposés du jardinage lunaire. »

Et en France, le conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France — une institution, pas un blog — écrit : « sans aucune conséquence pour leurs productions, l'immense majorité des horticulteurs et des agriculteurs professionnels ne tient pas compte de ces contraintes pour produire les plantes, les graines, les fleurs, les fruits qui servent à notre alimentation. »

Ceux qui vivent de la culture de plantes ne l'utilisent pas, et cela n'a aucune conséquence sur leurs résultats.

Pour être juste jusqu'au bout

Il existe bien une étude qui revendique un effet : celle de Kollerstrom & Staudenmaier (2001), qui parle d'un effet faible sur le rendement du radis. Et une autre, ancienne — Beeson (1946) dans Nature — qui a testé la question sur 51 espèces.

Nous ne les citons pas comme des preuves, parce que nous n'avons pas pu lire leur texte intégral : leurs pages ne se laissent pas ouvrir par une vérification automatique. Et notre règle est de ne pas citer une source que nous n'avons pas lue nous-mêmes.

Ces études existent. Si vous voulez les lire, elles sont référencées sous ces noms. Nous préférons vous dire que nous ne les avons pas lues plutôt que de les faire parler à notre place.

4. Alors, quand faut-il planter ?

Voilà la vraie réponse, et elle est meilleure que n'importe quel calendrier : le critère, c'est la température du sol. Elle est mesurable. Vous pouvez la vérifier avec un thermomètre de sol à quelques euros, et elle change d'une année sur l'autre — ce qu'un calendrier imprimé ne peut pas faire.

La tomate, en chiffres

Les données de référence (tableaux de J. F. Harrington, Université de Californie à Davis) donnent pour la tomate une température de germination de :

Et surtout, le délai de levée change énormément selon cette température :

Voilà pourquoi on croit que « ça ne lève pas ». Semez dans un sol à 10 °C et vous attendrez six semaines. Semez dans un sol à 24 °C et vous verrez les plants en six jours. Ce n'est pas la lune : c'est le thermomètre.

5. Le calendrier pratique du semis

Deux repères, tous les deux sourcés :

C'est tout. Deux règles, une température, et vous savez quand planter — mieux qu'avec le calendrier le plus détaillé, parce que votre sol à vous n'est pas celui du voisin, et cette année n'est pas l'année dernière.

Ce qu'il faut retenir

1. La lune : rien de démontré. 120 références passées en revue, aucune preuve fiable. La gravité est 300 000 fois trop faible, la lumière 128 000 fois.
2. Le vrai critère est la température du sol — pas la date, pas la lune.
3. Tomate : semez à 16-29 °C, il lève en 6 à 14 jours. À 10 °C, comptez 43 jours.
4. 6 à 8 semaines avant la mise en terre, et pas avant 16-18 °C dehors.
5. Un thermomètre de sol vaut mieux que le meilleur calendrier : il dit la vérité de votre jardin, cette année.

Nous ne cherchons pas à vous enlever quelque chose. Semer avec la lune ne fait pas de mal. Mais si votre semis ne lève pas, ce ne sera jamais la lune la responsable — et vous saurez où regarder.

Les sources

  1. WSU Extension (Washington State University) — « Gardening by the Moon? » — la synthèse de la revue Agronomy, les chiffres de gravité (300 000×) et de luminosité (128 000×).
  2. Elisabeth C. Miller Library (Université de Washington) — « aucune étude scientifique étendue » trouvée.
  3. Société nationale d'horticulture de France (SNHF) — conseil scientifique — la position de l'institution horticole française.
  4. WSU Extension — « Soil Temperature Conditions for Vegetable Seed Germination » — les températures de germination de la tomate et les délais de levée (données J. F. Harrington, UC Davis).
  5. UMass Extension — « Starting Seeds Indoors » — les 6 à 8 semaines avant la mise en terre.
  6. UMass Extension — « Caring for Your Seedlings » — le repiquage à 16-18 °C.

Les citations ont été retrouvées mot pour mot dans les pages citées avant publication. Les deux études qui revendiquent un effet lunaire (Kollerstrom 2001, Beeson 1946) sont citées nommément mais PAS utilisées comme preuve : nous n'avons pas pu lire leur texte intégral. Nous préférons dire ce que nous n'avons pas lu plutôt que de le faire parler à notre place.