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Le compost : ce qu'on peut y mettre et ce qu'on ne peut pas

Faire son compost, c’est un geste simple pour votre potager. Vous réduisez vos déchets et vous produisez un engrais gratuit pour vos légumes. Mais tout ne se jette pas dans le composteur. Certains aliments attirent les nuisibles, d’autres mettent des années à se décomposer. Voici ce que vous pouvez mettre et ce qu’il faut absolument éviter.

Les déchets verts et bruns : la base du compost

Un compost réussi repose sur un équilibre entre deux types de matières. Les déchets verts sont riches en azote. Ils sont humides et se décomposent vite. Les déchets bruns sont riches en carbone. Ils sont secs et apportent de la structure. Vous devez mélanger environ une part de vert pour deux parts de brun en volume.

Ce que vous pouvez mettre sans crainte

Dans la catégorie des déchets verts, vous avez les épluchures de légumes et de fruits, les restes de salade, le marc de café avec le filtre, les sachets de thé (sans agrafe), les tontes de gazon en fine couche, les fanes de carottes ou de radis, les fleurs fanées. Tout cela apporte de l’azote.

Dans les déchets bruns, vous mettez les feuilles mortes, le carton ondulé déchiré en petits morceaux (sans ruban adhésif ni étiquette plastique), les rouleaux de papier toilette, les branches broyées, la paille, les coquilles d’œuf écrasées. Les coquilles mettent du temps à se décomposer, mais elles apportent du calcium. Écrasez-les finement avant de les ajouter.

Les proportions qui marchent

Si votre compost sent mauvais, c’est qu’il y a trop de vert et pas assez de brun. Ajoutez du carton ou des feuilles mortes. S’il est trop sec et ne se décompose pas, ajoutez des épluchures ou un peu d’eau. La température idéale à l’intérieur du tas se situe entre 40 et 60 °C. Au-dessus de 65 °C, les micro-organismes meurent. En dessous de 20 °C, le processus ralentit beaucoup.

Les agrumes et les oignons : oui, mais avec modération

On entend souvent dire qu’il ne faut pas mettre d’agrumes dans le compost. C’est faux. Les peaux d’orange, de citron ou de pamplemousse se décomposent très bien. Le problème, c’est la quantité. Si vous mettez cinq kilos d’écorces d’orange d’un coup, l’acidité ralentit le travail des vers et des bactéries. Coupez les peaux en petits morceaux et mélangez-les avec des matières brunes. Même chose pour les oignons et l’ail. Leur odeur forte peut attirer les mouches si vous les laissez en surface. Enterrez-les un peu dans le tas.

Les restes de repas : ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas

Vous pouvez mettre les restes de légumes cuits, le pain rassis, les pâtes et le riz sans sauce. Mais évitez les plats en sauce, les huiles, les viandes et les poissons. Ces matières grasses et protéines attirent les rats, les souris et les mouches. Elles dégagent aussi de mauvaises odeurs en pourrissant. Si vous avez un composteur fermé et bien géré, vous pouvez ajouter de très petites quantités de coquilles de crevettes ou de moules broyées, mais c’est risqué. Mieux vaut les mettre à la poubelle ou dans un lombricomposteur si vous en avez un.

Les plantes malades et les mauvaises herbes : attention aux graines

Les mauvaises herbes montées en graines posent un problème. La température d’un compost domestique dépasse rarement 60 °C de façon prolongée. À cette température, certaines graines survivent. Les graines d’adventices ne sont détruites que si le tas monte et se maintient à haute température, ce qu’un composteur domestique atteint rarement de façon durable. Mieux vaut ne pas mettre de liseron, de chiendent ou de rumex avec leurs graines. Vous pouvez les jeter ailleurs ou les laisser sécher au soleil avant de les brûler.

Pour les plantes malades, comme les tomates atteintes de mildiou, le compost domestique n’est pas assez chaud pour détruire les spores. Mettez ces plantes à la poubelle ou brûlez-les. Ne les compostez pas, vous risquez de contaminer votre sol l’année suivante.

Ce qu’il ne faut jamais mettre dans son compost

Certains déchets sont dangereux pour votre sol ou pour votre santé. Le plastique, même biodégradable, ne se décompose pas complètement dans un composteur domestique. L’ANSES le dit clairement : les matières plastiques, même celles étiquetées « compostables », ne se dégradent pas correctement à basse température. Elles laissent des microplastiques dans le compost. Ne mettez jamais de sacs plastique, de films alimentaires, de bouchons, d’étiquettes ou de sachets de thé en nylon.

Les litières d’animaux (chat, chien) sont interdites. Elles contiennent des parasites et des bactéries pathogènes. Les excréments d’animaux carnivores aussi. En revanche, le fumier de cheval, de vache ou de lapin (herbivores) est excellent, à condition qu’il soit mélangé à de la paille et composté séparément avant d’être utilisé.

Les produits chimiques, les cendres de charbon ou de barbecue, les mégots de cigarettes, les médicaments, les huiles de vidange : tout cela n’a rien à faire dans un compost. Les métaux lourds contenus dans certains déchets industriels ou dans les encres d’imprimerie peuvent contaminer votre potager. Une étude publiée dans la revue Environnement, Ingénierie & Développement montre que le tri sélectif réduit la contamination par les métaux lourds des composts. Ne prenez pas de risques.

Les erreurs courantes et comment les éviter

La première erreur, c’est de ne pas mélanger. Si vous jetez vos déchets en couches épaisses, l’air ne circule pas. Le compost pourrit au lieu de se décomposer. Prenez l’habitude de mélanger à chaque apport avec une fourche ou un aérateur de compost.

La deuxième erreur, c’est de mettre trop de matière sèche d’un coup. Un tas de feuilles mortes seules mettra des mois à se décomposer. Alternez une couche de vert, une couche de brun, et arrosez légèrement si c’est trop sec. L’humidité doit être celle d’une éponge essorée.

La troisième erreur, c’est de laisser le compost à découvert en plein soleil ou sous la pluie. Protégez-le avec une bâche ou un couvercle. Trop d’eau le noie, trop de soleil le dessèche.

La quatrième erreur, c’est d’oublier de broyer les gros morceaux. Une branche de 5 cm de diamètre mettra deux ans à se décomposer. Passez-la au broyeur ou coupez-la en petits morceaux. Les épluchures de légumes durs (courge, betterave) doivent être coupées finement.

Tableau récapitulatif : ce qui va au compost et ce qui n’y va pas

À mettre sans problème À mettre avec modération À ne pas mettre
Épluchures de légumes et fruits Agrumes (en petite quantité) Viande, poisson, os
Marc de café et filtre Oignons et ail (enterrés) Produits laitiers
Sachets de thé (sans agrafe) Pain rassis (sec, sans moisissure) Plastiques, même biodégradables
Carton ondulé (sans colle ni ruban) Coquilles d’œuf (écrasées) Litières d’animaux carnivores
Feuilles mortes Restes de pâtes et riz cuits (sans sauce) Plantes malades (mildiou, oïdium)
Tontes de gazon (en couche fine) Fumier d’herbivores (composté à part) Mauvaises herbes montées en graines
Branches broyées Coquilles de crevettes broyées (risqué) Huiles et graisses

Quand utiliser votre compost au potager

Un compost est mûr quand il a une odeur de sous-bois, une couleur brune homogène et une texture friable. Cela prend entre 4 et 9 mois selon la saison et la gestion. En hiver, le processus ralentit. Au printemps, il accélère.

Vous pouvez l’utiliser de deux façons. En paillage : étalez une couche de 2 à 3 cm au pied de vos légumes au printemps. Cela nourrit le sol et limite les mauvaises herbes. En incorporation : mélangez-le à la terre de votre potager avant les semis ou les plantations, à raison de 1 à 2 kg par mètre carré. Pour les tomates, c’est un apport précieux. Vous trouverez plus de détails sur la page dédiée à la tomate.

Si vous utilisez du compost pas assez mûr, il peut brûler les racines ou continuer à se décomposer dans le sol, ce qui consomme de l’azote et prive vos plantes. Attendez qu’il soit bien stable.

Le lien avec votre potager : bien composter pour bien arroser

Un bon compost améliore la structure du sol. Il retient l’eau et limite les arrosages. Si vous avez un sol sableux, le compost agit comme une éponge. Si vous avez un sol argileux, il l’allège et évite l’asphyxie des racines. C’est directement lié à la gestion de l’eau au potager. Sur la page d’arrosage du potager, vous verrez comment un sol riche en matière organique peut réduire vos besoins en eau de 30 %. Composter, c’est aussi économiser l’eau.

Le compost en hiver : comment maintenir l'activité

L'hiver ne signifie pas que votre composteur doit être mis à l'arrêt. La décomposition ralentit considérablement lorsque la température du tas descend sous 10 °C. Les bactéries mésophiles, qui travaillent entre 20 et 40 °C, deviennent presque inactives. Pour maintenir une activité minimale, continuez à apporter des déchets, mais doublez la proportion de matières brunes. Un ratio de 1 part de vert pour 3 parts de brun en volume est plus adapté aux mois froids. Cette couche isolante de feuilles mortes ou de carton protège le cœur du tas du gel.

Pensez à couvrir votre composteur avec une bâche ou un couvercle isolant. Un tas exposé à la pluie et au vent perd rapidement sa chaleur interne. En dessous de 0 °C, le processus s'arrête complètement, mais il reprend dès le retour des températures positives. Le dégel de mars est un moment clé : c'est le moment idéal pour retourner entièrement le tas et rééquilibrer les apports. Comptez environ 4 à 6 mois de décomposition en hiver, contre 2 à 3 mois en été. Si vous voulez accélérer le processus au printemps, ajoutez une poignée de terre de votre jardin ou un activateur naturel à base d'orties macérées. Cette technique réduit le temps de maturation de plusieurs semaines.

Sources