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Le bokashi : fermenter ses dechets dans la cuisine
Vous avez peut-être déjà un composteur au jardin, mais vous cherchez une solution pour vos déchets de cuisine sans avoir à sortir tous les jours, surtout en hiver ou si vous habitez en appartement avec un balcon. Le bokashi est une méthode de fermentation qui transforme vos épluchures, restes de repas et même vos coquilles d'œufs en un engrais liquide riche et un compost solide, le tout dans un seau hermétique sous votre évier. Pas d'odeur, pas de moucherons, et un résultat en trois à quatre semaines. Voici comment ça marche, concrètement.
Qu'est-ce que le bokashi ? La fermentation lactique, pas le compostage
Le mot « bokashi » vient du japonais et signifie « matière organique fermentée ». Contrairement au compostage traditionnel qui repose sur une décomposition aérobie (avec de l'oxygène) par des champignons et des bactéries, le bokashi est un processus anaérobie (sans oxygène) utilisant des micro-organismes lactiques et des levures. On parle de fermentation lactique, la même qui transforme le chou en choucroute ou le lait en yaourt. Le seau bokashi est donc parfaitement étanche : vous y mettez vos déchets, vous ajoutez un activateur (le son bokashi), vous fermez, et les micro-organismes travaillent sans air. La température idéale se situe entre 15 et 30°C, ce qui correspond à une cuisine normale. En dessous de 10°C, la fermentation ralentit fortement.
Le matériel : un seau bokashi et du son activateur
Pour démarrer, il vous faut deux choses : un seau bokashi et du son bokashi (ou un activateur similaire). Le seau est un bidon en plastique (souvent 15 à 20 litres) avec un robinet au fond pour récupérer le liquide de fermentation. Il existe des modèles à un seul seau ou des kits avec deux seaux pour alterner. Le son bokashi est un mélange de son de blé, de mélasse et de micro-organismes lactiques (Lactobacillus, Saccharomyces, etc.). Vous en trouverez dans les magasins de jardinage, les boutiques en ligne spécialisées, ou vous pouvez le fabriquer vous-même (voir plus bas). Un sachet de 1 kg suffit pour environ 3 à 4 mois d'utilisation pour une famille de quatre personnes.
Comment choisir son seau bokashi ?
Les critères principaux sont l'étanchéité et la solidité du robinet. Un modèle avec un robinet en métal est plus durable qu'un robinet en plastique. Vérifiez que le couvercle se ferme hermétiquement : un joint en silicone est un bon indicateur. Certains seaux ont un fond surélevé pour éviter que les déchets ne colmatent le robinet. Comptez entre 30 et 60 euros pour un kit de qualité. Vous pouvez aussi utiliser un seau de 20 litres classique avec un couvercle étanche et un robinet que vous percez vous-même (astuce de bricoleur).
Comment utiliser le bokashi, étape par étape
- Préparez vos déchets. Coupez les gros morceaux en petits dés (2-3 cm) pour accélérer la fermentation. Le bokashi accepte presque tout : épluchures, restes de légumes cuits, viande, poisson, os, coquilles d'œufs, marc de café, sachets de thé, même les agrumes (en petite quantité). Évitez les liquides en excès (lait, soupe) et les matières trop grasses (huile de friture).
- Ajoutez une couche de déchets. Versez une couche de 5 à 7 cm de déchets dans le seau.
- Saupoudrez de son bokashi. Une à deux cuillères à soupe par couche suffisent. Refermez le couvercle immédiatement après chaque ajout pour éviter l'entrée d'air.
- Pressez. Utilisez un presse-légumes ou un disque de bois pour tasser les déchets et chasser l'air. Plus vous pressez, moins il y a d'oxygène, meilleure est la fermentation.
- Récupérez le liquide. Au bout de 2 à 3 jours, un liquide brunâtre (le « thé de bokashi ») commence à s'écouler par le robinet. Récupérez-le tous les 2 jours dans une bouteille. Ce liquide est très acide (pH 3,5 à 4,5) et riche en nutriments.
- Attendez la fin. Remplissez le seau en répétant les étapes. Une fois plein, laissez-le fermé pendant 10 à 14 jours supplémentaires (soit 3 à 4 semaines au total). Les déchets auront alors une odeur de choucroute ou de levure, et une texture de purée. Ils ne sont pas encore compostés, mais pré-compostés : ils sont prêts à être enfouis dans le sol.
Que faire du liquide de bokashi ? Un engrais liquide puissant
Le liquide récupéré au robinet est un concentré d'azote, de phosphore et de potassium, ainsi que de micro-organismes. Il ne s'utilise jamais pur, car il brûlerait les racines. Diluez-le à 1:100 (10 ml par litre d'eau) pour arroser vos plantes d'intérieur, vos semis ou vos cultures en pot. Pour le potager, vous pouvez l'utiliser à 1:50 (20 ml par litre) une fois par semaine en période de croissance. Attention : ce liquide est très acide, donc pour les plantes acidophiles (myrtilles, rhododendrons, tomates en sol neutre), il est parfait. Pour les autres, alternez avec un arrosage à l'eau claire. Conservez-le au frais (moins de 10°C) et utilisez-le dans les deux semaines, sinon il fermente et perd ses qualités.
Que faire du solide fermenté ? Enfouir, composter ou pailler
Le contenu du seau après 4 semaines ressemble à un terreau humide et odorant (odeur de levure, pas de pourriture). Il n'est pas stabilisé : si vous le laissez à l'air libre, il va se réoxygéner et terminer sa décomposition. Trois options s'offrent à vous :
- Enfouir directement dans le sol. Creusez un trou de 20 à 30 cm de profondeur dans votre jardin ou votre potager, versez le bokashi, recouvrez de terre. Les micro-organismes du sol finiront le travail en 2 à 4 semaines. Idéal pour enrichir une parcelle avant les semis.
- Ajouter à un composteur classique. Mélangez le bokashi à votre compost en cours (en proportion 1:3 avec des matières brunes comme des feuilles mortes ou du carton). Cela accélère le processus et apporte des bactéries lactiques bénéfiques.
- Utiliser en paillage. Étalez une fine couche (1 à 2 cm) au pied de vos plantes, puis recouvrez de paillis sec (paille, copeaux). Attention : l'odeur attire les insectes, donc à faire en soirée et à couvrir immédiatement.
Les avantages concrets du bokashi par rapport au compost traditionnel
| Critère | Bokashi | Compost traditionnel (aérobie) |
|---|---|---|
| Odeur | Odeur de levure/choucroute (fermentation) | Odeur de terre (si bien équilibré) ou d'ammoniac (si déséquilibré) |
| Durée | 3 à 4 semaines (pré-compost) | 3 à 6 mois (compost mûr) |
| Déchets acceptés | Viande, poisson, os, agrumes, coquilles d'œufs | Éviter viande, poisson, agrumes (attire les nuisibles) |
| Espace nécessaire | Un seau de 20 L sous l'évier | Un composteur de 300 L minimum au jardin ou sur un balcon |
| Liquide produit | Oui, engrais liquide à diluer | Non (ou très peu, par temps de pluie) |
| Température | 15-30°C (intérieur toute l'année) | 10-40°C (extérieur, dépend du climat) |
| Nuisibles | Aucun (seau hermétique) | Possible (mouches, rats si mal géré) |
Les erreurs fréquentes et comment les éviter
Le seau sent mauvais (odeur de pourri)
Signe que de l'oxygène est entré ou que le rapport son/déchets est trop faible. Vérifiez l'étanchéité du couvercle. Ajoutez une couche supplémentaire de son bokashi (2 cuillères à soupe). Si l'odeur persiste, jetez le contenu au compost et recommencez.
Le liquide ne coule pas
Les déchets sont trop secs ou trop tassés. Ajoutez un peu d'eau (un verre) ou des déchets plus humides (épluchures de melon, courgettes). Vérifiez que le robinet n'est pas bouché par des fibres. Vous pouvez aussi incliner légèrement le seau pour faciliter l'écoulement.
Des moisissures blanches ou vertes apparaissent
Les moisissures blanches sont normales (champignons de fermentation). Les moisissures vertes ou noires indiquent une contamination aérobie. Grattez la surface, ajoutez du son, et fermez hermétiquement.
Le son bokashi est trop cher ou introuvable
Vous pouvez le fabriquer vous-même : mélangez 1 kg de son de blé (ou de riz) avec 200 ml de mélasse (ou de sucre roux) et 200 ml d'eau. Ajoutez une poignée de terre de jardin (source de micro-organismes) ou un yaourt nature (pour les lactobacilles). Laissez fermenter dans un sac en tissu à l'abri de la lumière pendant 5 à 7 jours, jusqu'à ce que le son sente le levain. Séchez-le ensuite à l'air libre. Il se conserve plusieurs mois dans un bocal hermétique au frais.
Le bokashi au potager : quand et comment l'utiliser pour vos cultures
Le bokashi solide est un amendement riche qui améliore la structure du sol et sa vie microbienne. Pour les tomates, par exemple, enfouissez une poignée de bokashi par pied au moment de la plantation, ou en cours de culture en surface (recouvert de terre). Pour les légumes racines (carottes, radis), enfouissez-le 3 à 4 semaines avant le semis. Pour les salades, utilisez le liquide dilué une fois par semaine. Attention : le bokashi est très concentré, donc ne l'utilisez pas pur. Une dose excessive peut acidifier le sol temporairement (pH baisse de 0,5 à 1 point). Si votre sol est déjà acide (pH inférieur à 6), compensez avec un apport de cendre de bois ou de dolomie.
Le bokashi en hiver : une solution pour les mois froids
Quand le composteur extérieur est gelé ou que vous ne voulez pas sortir sous la pluie, le bokashi reste actif dans votre cuisine. La fermentation lactique fonctionne même à 10°C, mais elle ralentit. En hiver, laissez le seau 5 à 6 semaines au lieu de 4. Le liquide produit est moins abondant, mais tout aussi efficace. Vous pouvez stocker le liquide dans des bouteilles au garage (hors gel) pour l'utiliser au printemps. Le solide, lui, peut être conservé dans un seau fermé au jardin jusqu'aux premiers semis.
Le bokashi sur un balcon : sans jardin, que faire du solide ?
Si vous n'avez qu'un balcon, vous pouvez enfouir le bokashi dans un grand pot de culture (20-30 L) en mélangeant avec de la terre. Ou bien le donner à un voisin qui a un jardin. Certaines communes proposent des points de collecte de déchets fermentés pour les composteurs collectifs. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou d'une association de jardinage. Le liquide, lui, est parfait pour vos plantes en pot : arrosez vos géraniums, vos tomates cerises ou vos herbes aromatiques avec la dilution 1:100.
Le lien avec la culture des tomates : un duo gagnant
Les tomates sont gourmandes en nutriments et sensibles aux maladies cryptogamiques comme le mildiou. Le bokashi apporte une solution intéressante. Le liquide de bokashi dilué (1:50) pulvérisé sur le feuillage en prévention renforce la résistance des plantes grâce aux micro-organismes lactiques qui colonisent la surface des feuilles et entrent en compétition avec les pathogènes. C'est une méthode utilisée par certains maraîchers bio. Pour en savoir plus sur la prévention du mildiou, consultez notre page dédiée au mildiou de la tomate. Vous y trouverez des astuces complémentaires, comme l'utilisation de purin de prêle ou de bicarbonate, qui peuvent être combinées avec le bokashi pour une protection renforcée. Enfouir du bokashi au pied des tomates au moment de la plantation améliore aussi la rétention d'eau et la structure du sol, ce qui limite le stress hydrique, facteur de sensibilité aux maladies.
Sources
- https://reseaucompost.org/sites/default/files/2025-07/FT%2021%20Bokashi.pdf
- https://reseaucompost.org/sites/default/files/2023-07/Synth%C3%A8se%20globale%202022_GT%20Bokashi.pdf
- https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/6317-evaluation-des-differents-systemes-de-traitement-de-proximite-des-biodechets.html
- https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/7245-quel-equipement-pour-faire-son-compost-.html