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La pomme de terre : buttage, doryphore, conservation

La pomme de terre est un légume généreux, mais elle demande trois gestes clés pour réussir : le buttage, la lutte contre le doryphore et une bonne conservation. On va voir tout ça dans le détail, avec des dates, des températures et des méthodes qui marchent vraiment.

Pourquoi butter les pommes de terre ?

Le buttage consiste à ramener de la terre au pied des plants de pomme de terre. On forme une butte de 15 à 20 cm de haut autour de chaque tige. Ce geste simple a trois effets précis.

D'abord, il empêche les tubercules de verdir. Les pommes de terre exposées à la lumière produisent de la solanine, une substance toxique qui donne un goût amer et peut rendre malade. Le buttage les garde dans le noir.

Ensuite, il favorise le développement des racines et des stolons (les tiges souterraines qui portent les tubercules). Plus la butte est haute, plus la plante a d'espace pour produire des pommes de terre.

Enfin, il améliore le drainage autour du pied. L'eau ne stagne pas au contact direct des tubercules, ce qui limite les risques de pourriture.

On réalise le premier buttage quand les plants mesurent 10 à 15 cm de haut. On en fait un second trois semaines plus tard, juste avant que les feuilles ne se touchent d'un rang à l'autre. Avec un buttoir ou une binette, on ramène la terre des allées vers le pied. Pas besoin d'enterrer complètement les feuilles, juste la base de la tige.

Quand butter selon la variété

Type de variété Premier buttage Second buttage
Primeur (Amandine, Belle de Fontenay) Mi-avril (dès 10 cm) Début mai
Conservation (Bintje, Charlotte, Désirée) Fin avril / début mai Trois semaines après
Tardive (Vitelotte, Bleue d'Artois) Mi-mai Début juin

Si vous plantez en pot ou en bac, le buttage est plus difficile. Mettez une couche de 10 cm de terreau au fond du contenant. Quand les tiges poussent, ajoutez du terreau au fur et à mesure jusqu'à 5 cm du bord. C'est le même principe, mais en hauteur.

Le doryphore : comment le reconnaître et agir

Le doryphore est un coléoptère rayé jaune et noir, long de 8 à 12 mm. Ses larves sont oranges à points noirs, molles, et mesurent jusqu'à 1 cm. L'adulte et la larve mangent les feuilles de pomme de terre. Une attaque sévère peut détruire un plant en une semaine.

Le cycle est simple : les adultes passent l'hiver dans le sol, à 20 ou 30 cm de profondeur. Ils sortent en mai, quand le sol atteint 12°C. Ils pondent des œufs orange sous les feuilles. Les larves éclosent en 4 à 10 jours selon la température. Elles mangent pendant 2 à 3 semaines, puis descendent dans le sol pour se nymphoser. La nouvelle génération d'adultes émerge 10 à 15 jours plus tard. Dans le sud de la France, on peut avoir deux générations par an.

La surveillance visuelle

À partir de mi-mai, inspectez vos plants tous les deux ou trois jours. Regardez le dessous des feuilles. Si vous voyez un adulte, une larve ou un amas d'œufs orange, agissez tout de suite.

La méthode la plus efficace pour un petit potager est le ramassage manuel. Avec un gant, écrasez les œufs entre vos doigts. Jetez les larves et les adultes dans un seau d'eau savonneuse. Une seule femelle pond jusqu'à 800 œufs, donc chaque individu éliminé compte.

Les solutions naturelles

Quand utiliser un insecticide ?

Si l'attaque dépasse 30% du feuillage et que vous avez plus de 10 plants, le ramassage manuel devient trop long. Vous pouvez utiliser un insecticide à base de spinosad (autorisé en agriculture biologique). Pulvérisez le soir, sur les larves uniquement, en respectant la dose indiquée (généralement 3 ml par litre d'eau). Attendez 7 jours avant de récolter. Ne pulvérisez pas en plein soleil et pas sur les fleurs (le spinosad est toxique pour les abeilles).

Évitez les insecticides chimiques de synthèse (pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes). Ils tuent aussi les auxiliaires (coccinelles, carabes, syrphes) qui sont vos alliés naturels contre les pucerons et les doryphores.

Récolter au bon moment

La date de récolte dépend de la variété et de l'usage.

Type Signe de récolte Moment de l'année
Primeur Les fleurs apparaissent, les feuilles sont encore vertes Juin (70 à 90 jours après plantation)
Conservation Les feuilles jaunissent et sèchent sur 2/3 de la tige Fin août à octobre (100 à 130 jours)
Pommes de terre de semence Les tiges sont complètement sèches Septembre (140 jours)

Pour les pommes de terre de conservation, attendez que le feuillage soit sec. Coupez les tiges à 10 cm du sol 15 jours avant la récolte. Cela permet à la peau de durcir et aux tubercules de mieux se conserver.

Conservation : les règles d'or

Une pomme de terre mal conservée germe, ramollit ou verdit. Les conditions idéales sont : température entre 4°C et 8°C, humidité entre 75% et 85%, obscurité totale.

Où les stocker ?

La préparation avant stockage

  1. Après la récolte, ne lavez pas les pommes de terre. Brossez la terre sèche avec une brosse douce.
  2. Laissez-les sécher 2 à 4 heures à l'ombre, dans un endroit aéré.
  3. Triez : éliminez celles qui sont blessées, tachées, ou qui ont des trous (larves de taupin, doryphore). Une seule pomme de terre pourrie peut contaminer tout un lot.
  4. Stockez dans des cagettes propres, sans les tasser.
  5. Ajoutez une pomme entre vos pommes de terre ? La rumeur dit qu'une pomme empêche la germination. C'est faux. La pomme dégage de l'éthylène, une hormone qui accélère la germination. Ne mettez jamais de fruits à côté.

Combien de temps ça tient ?

Variété Durée de conservation (à 6°C) Particularité
Bintje 6 à 8 mois Très bonne tenue, idéale pour frites
Charlotte 4 à 5 mois Chair ferme, bonne pour salade
Désirée 5 à 6 mois Rouge, résiste au mildiou en conservation
Amandine 2 à 3 mois Primeur, se conserve mal
Vitelotte 4 à 5 mois Bleue, se conserve mieux que les autres colorées

Vérifiez vos stocks tous les 15 jours. Si une pomme de terre germe, coupez les germes et mangez-la rapidement. Si elle est molle ou tachée, jetez-la. Si elle verdit, jetez-la aussi : la solanine ne disparaît pas à la cuisson.

Les erreurs courantes

Le lien avec les tomates : un même combat contre les parasites

Les pommes de terre et les tomates sont toutes deux des solanacées. Elles partagent les mêmes ennemis : le mildiou, les pucerons, les doryphores (le doryphore attaque aussi les tomates, mais moins souvent). Les méthodes de prévention sont les mêmes : rotation des cultures, espacement des plants, paillage, surveillance régulière.

Si vous cultivez des tomates à côté de vos pommes de terre, attention au mildiou. Ce champignon aime l'humidité et les températures entre 15°C et 20°C. Il se propage par les éclaboussures d'eau. Arrosez au pied, pas sur le feuillage. Espacez les plants de 50 cm minimum pour que l'air circule. Si vous voyez des taches brunes sur les feuilles de tomates, ne les laissez pas se propager aux pommes de terre, et inversement.

Pour en savoir plus sur la prévention et le traitement du mildiou sur les tomates, consultez la page dédiée au mildiou de la tomate. Vous y trouverez des doses de bouillie bordelaise, des dates de traitement et des variétés résistantes. Les mêmes principes s'appliquent à vos pommes de terre, avec des doses adaptées.

Sources