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Compost qui pue ou qui ne chauffe pas : que faire

Votre tas de compost dégage une odeur d’œuf pourri ou reste désespérément froid alors que vous espériez une terre noire et fertile pour vos tomates ? Pas de panique. Ces deux symptômes, odeur nauséabonde et absence de chauffe, sont les signaux les plus fréquents d’un déséquilibre dans le processus de décomposition. La bonne nouvelle : ils se corrigent avec des gestes précis, mesurables et documentés. Nous allons voir ensemble comment diagnostiquer le problème et agir, avec des repères chiffrés issus de la recherche agronomique.

Pourquoi mon compost pue-t-il ? Les causes et les solutions

Une odeur d’ammoniac ou d’œuf pourri indique presque toujours une fermentation anaérobie : vos déchets manquent d’oxygène. En milieu confiné et gorgé d’eau, des bactéries anaérobies prennent le relais et produisent des gaz malodorants (ammoniac, sulfure d’hydrogène, méthane). L’ADEME rappelle que 80 % des composts malodorants le sont à cause d’un excès d’humidité ou d’un tassement excessif.

Excès d’eau : le premier suspect

Un compost doit avoir une humidité comprise entre 40 % et 60 % (test de la poignée : pressez une poignée, quelques gouttes doivent perler entre les doigts, pas un filet). Au-delà, l’eau occupe les pores et bloque l’air. Solutions :

Mauvais équilibre carbone/azote (C/N)

Un ratio C/N optimal se situe entre 25 et 35. Trop d’azote (déchets verts, tontes, épluchures) par rapport au carbone (bois, paille, carton) et l’azote en excès s’échappe sous forme d’ammoniac. Tableau repère :

Exemples de rapport C/N de déchets courants
DéchetC/N moyenCatégorie
Paille de blé80-120Carboné
Feuilles mortes50-60Carboné
Carton brun300-400Carboné
Tonte de gazon fraîche12-15Azoté
Épluchures de légumes15-20Azoté
Marc de café20-25Équilibré

Si vous sentez l’ammoniac : ajoutez 2 volumes de paille ou de feuilles mortes pour 1 volume de déchets verts. Après chaque ajout, mélangez sur 20 cm de profondeur.

Matières interdites ou mal préparées

Pourquoi mon compost ne chauffe-t-il pas ?

Un compost actif doit atteindre 55 °C à 65 °C dans les 48 à 72 heures après le montage, puis redescendre progressivement sur 3 à 4 semaines. S’il reste à température ambiante (15-20 °C), le processus est trop lent pour hygiéniser les déchets (destruction des graines et pathogènes). Les causes sont moins nombreuses qu’on ne le croit.

Volume insuffisant

Le tas doit faire au minimum 1 m³ (1 m × 1 m × 1 m) pour conserver la chaleur. En dessous, la surface d’échange thermique est trop grande par rapport au volume. Si vous avez un petit jardin, utilisez un silo isotherme en bois ou un composteur en plastique de 400 litres minimum, mais sachez qu’il chauffera moins fort (40-45 °C au mieux).

Matériaux trop secs

L’activité microbienne s’arrête en dessous de 30 % d’humidité. Symptôme : le tas est poussiéreux, les déchets ne s’agglomèrent pas. Solution : arrosez en pulvérisant (20 litres d’eau par m³) jusqu’à obtenir la consistance d’une éponge essorée. Si le tas est en andain, humidifiez chaque couche au montage avec un arrosoir à pomme fine (10 litres par couche de 20 cm).

Absence de « starter » microbien

Les bactéries et champignons thermophiles ne viennent pas d’eux-mêmes : ils sont apportés par le sol, le compost mûr ou des activateurs commerciaux. Si votre compost est neuf et isolé du sol (bac sur dalle), inoculez-le :

Trop grosse granulométrie

Des branches de 5 cm de diamètre mettent des mois à se décomposer. Pour chauffer, la taille idéale est de 1 à 5 cm. Broyez ou hachez les déchets ligneux, coupez les tiges de tomates en tronçons de 10 cm maximum. Un broyat grossier crée des poches d’air qui refroidissent le tas.

Températures cibles : que mesurer et quand agir ?

Un compost bien mené suit une courbe thermique typique :

  1. Phase mésophile (0-48 h) : montée de 20 °C à 45 °C. Si rien ne se produit au-delà de 72 h, vérifiez l’humidité et le volume.
  2. Phase thermophile (48 h à 3-4 semaines) : 55-65 °C. C’est la phase idéale pour détruire les germes et graines. Maintenez-la en retournant le tas quand la température chute sous 55 °C (en général 1 fois par semaine).
  3. Phase de refroidissement (4-8 semaines) : la température redescend à 30-40 °C. Les vers de terre et autres macro-organismes colonisent le compost.

Utilisez un thermomètre à compost (sonde de 30 cm minimum). Les modèles à lecture instantanée (type analogique avec aiguille) coûtent entre 15 et 30 €. Plantez la sonde à 30 cm de profondeur au centre du tas. Si la température reste sous 40 °C après 5 jours, ajoutez de l’azote : une couche de tonte fraîche de 10 cm ou 500 g de farine de luzerne par m³.

Les erreurs classiques qui tuent le compost (et comment les rattraper)

Le tas est trop tassé

Un compost doit permettre une circulation d’air. Empiler les déchets sans les mélanger crée des zones compactes. Si votre tas sent mauvais et est froid, démontez-le entièrement : étalez une bâche, répartissez les déchets sur 30 cm d’épaisseur, ajoutez des branches fines (5 cm) au fond pour créer un drainage, puis remontez le tas en couches alternées de 15 cm de déchets verts et 10 cm de broyat. Arrosez légèrement chaque couche.

L’emplacement n’est pas adapté

Un compost ombragé par un mur ou sous des arbres reste trop frais (sous 15 °C) pour démarrer la phase thermophile. Placez-le en plein soleil ou mi-ombre, à l’abri du vent. En hiver, couvrez d’une bâche noire ou d’un tapis de paille pour conserver la chaleur (gain de 5 à 8 °C mesuré par l’INRAE).

Vous ajoutez des déchets par petites quantités

Verser chaque jour une épluchure refroidit le tas. Stockez les déchets verts dans un seau fermé 2 à 3 jours, puis incorporez-les en une fois en mélangeant avec du broyat. Un volume minimum de 20 litres d’azoté par apport est recommandé pour maintenir la température.

Compost qui pue ET qui ne chauffe pas : le cas typique du tas noyé

C’est la combinaison la plus fréquente : un excès d’humidité provoque l’asphyxie, donc pas de montée en température, donc fermentation anaérobie et odeur. Le diagnostic est simple : le déchet du fond est gluant, noir, sent le moisi. La correction :

  1. Démontez le tas, étalez-le sur une bâche au soleil pendant 2 heures.
  2. Ajoutez 50 % de matière sèche (paille, copeaux, carton déchiqueté).
  3. Remontez en couches alternées, sans tasser.
  4. Arrosez seulement si le mélange est trop sec (cas rare ici).
  5. Après 24 h, la température devrait commencer à monter. Mesurez toutes les 12 heures.

Compost en hiver : peut-il chauffer par temps froid ?

Oui, mais moins fortement. L’INRAE indique qu’un tas de 1,5 m³ peut maintenir 40 °C à l’intérieur même par -5 °C extérieur si le volume est suffisant et la couverture isolante (paille, bâche). En dessous de 1 m³, il est difficile d’atteindre 30 °C en hiver. Astuce : si votre compost n’a jamais chauffé depuis novembre, patientez jusqu’au printemps pour le retourner. Inutile d’ajouter de l’activateur par temps froid, les bactéries thermophiles ne travaillent pas sous 10 °C.

Faut-il ajouter des activateurs chimiques ou des vers ?

Les activateurs du commerce

La plupart contiennent des sucres (mélasse) et des bactéries lyophilisées. Tests en conditions réelles (chambre d’agriculture de l’Aube, 2021) : un activateur accélère la montée en température de 24 à 48 heures, mais ne compense pas un mauvais équilibre C/N. Coût : 10 à 20 € le kg. Inutile si vous respectez les ratios et l’humidité.

Les vers de compost

Les vers rouges (Eisenia fetida) travaillent en surface du compost, mais ils meurent au-dessus de 35 °C. Ne les ajoutez jamais dans un tas en phase thermophile. Ils sont utiles en refroidissement ou en lombricomposteur. Pour un tas extérieur, patientez que la température redescende sous 30 °C pour les introduire (environ 500 g de vers par m³).

Le pont : et si votre sol était carencé ?

Un compost bien mûr apporte azote, phosphore, potassium et matière organique, mais il ne corrige pas tous les déséquilibres du sol. Si vos tomates montrent des feuilles jaunes ou des fruits mal formés, le problème peut venir d’une carence en calcium ou en magnésium, ou d’un excès d’azote. Avant de composter mieux, il faut savoir quand et comment fertiliser. La page dédiée au compost vous explique comment reconnaître un compost mûr (test du cresson), comment le tamiser et l’incorporer aux planches de culture, mais aussi quels autres amendements associer selon votre type de sol (argileux, sableux, calcaire). Par exemple, un compost de feuilles mortes (C/N élevé) sera idéal pour alléger une terre argileuse, tandis qu’un compost de fumier (C/N bas) conviendra mieux aux sols sableux. Cette page vous guide aussi sur le dosage : 3 à 5 L de compost mûr par m² en surface, à enfouir sur 10 cm avec une griffe, de préférence à l’automne pour les cultures de printemps. N’hésitez pas à y jeter un œil avant de modifier vos pratiques : un sol équilibré reçoit mieux le compost qu’un sol fatigué.

Sources