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Compost : ce qu'on met, ce qu'on ne met jamais
Le compost, c’est l’or noir du jardinier. Mais pour le réussir, il faut savoir exactement ce qui part dans le bac et ce qui doit rester à l’écart. Une erreur de tri et vous risquez des odeurs, des nuisibles ou un compost qui fermente au lieu de se décomposer. Voici le guide pratique, avec des chiffres et des gestes précis, pour ne plus jamais vous tromper.
Les bases : le bon équilibre carbone/azote (C/N)
Un compost qui fonctionne bien, c’est un équilibre entre les matières « brunes » riches en carbone (C) et les matières « vertes » riches en azote (N). Le ratio idéal se situe entre 25 et 30 pour 1. Concrètement, pour 1 seau de déchets verts (tonte, épluchures), il faut environ 2 à 3 seaux de déchets bruns (feuilles mortes, carton, paille).
Si vous mettez trop de vert, le compost devient compact, sent mauvais (ammoniac) et attire les mouches. Trop de brun, et la décomposition s’arrête, le tas reste sec et froid. La température au cœur du tas doit monter entre 50 et 65 °C pendant les premières semaines. En dessous de 40 °C, le processus est trop lent. Au-dessus de 70 °C, les bonnes bactéries meurent.
Ce qu’on met toujours (la liste verte)
Déchets de cuisine (azote et minéraux)
- Épluchures de légumes et fruits : crues de préférence. Coupez-les en morceaux de 2-3 cm maximum pour accélérer la décomposition.
- Marc de café et filtres en papier : riche en azote (environ 2 %). Comptez 1 filtre par jour pour un tas de 200 litres.
- Sachets de thé et infusions : retirez l’agrafe si elle est en métal, le sachet en papier (non plastifié) part au compost.
- Coquilles d’œufs : broyées finement (presque en poudre) pour libérer le calcium. Sinon, elles mettent 2 à 3 ans à se décomposer.
- Restes de repas cuits : sans sauce, sans viande, sans poisson. En petite quantité (pas plus de 10 % du volume total).
- Pain rassis : émietté, en petite quantité. Il attire les rongeurs s’il est en gros morceaux.
Déchets de jardin (carbone et structure)
- Feuilles mortes : idéalement broyées. Les feuilles de chêne, hêtre ou noyer mettent plus de temps (6 à 12 mois) à cause des tanins. Mélangez-les avec de la tonte pour accélérer.
- Tonte de gazon : en couche fine de 5 cm maximum, mélangée immédiatement à des bruns. Si vous la laissez en tas, elle pourrit et sent mauvais.
- Tailles de haies broyées : les branches de moins de 1 cm de diamètre sont parfaites. Les plus grosses (jusqu’à 3 cm) doivent être broyées et mises en fond de bac pour aérer.
- Fleurs fanées et plantes annuelles : sans graines montées en graines (sinon vous risquez de ressemer des indésirables).
- Paille et foin : excellente source de carbone. La paille de blé ou d’avoine est idéale. Le foin peut contenir des graines de mauvaises herbes.
Autres déchets acceptés
- Carton brun non traité : boîtes d’œufs, rouleaux de papier toilette, carton ondulé sans impression couleur. Déchirez en morceaux de 10x10 cm. Pas de carton plastifié ou brillant.
- Papier journal : en petite quantité (l’encre noire est aujourd’hui sans plomb). Déchirez en bandes et humidifiez légèrement.
- Cheveux et poils : riches en azote (15 %). Saupoudrez en fine couche, car ils mettent 6 à 12 mois à se décomposer.
- Cendres de bois : uniquement de bois non traité (pas de charbon de barbecue). Dose : une poignée (environ 50 g) par couche de 30 cm. Trop de cendre rend le compost basique (pH > 8) et bloque la décomposition.
- Litière de petits animaux : copeaux de bois, paille ou chanvre, sans déjections. Les litières de chat ou de rongeur avec déjections sont interdites (risques de parasites).
Ce qu’on ne met jamais (la liste rouge)
Déchets qui nuisent à la décomposition
- Viande, poisson, os : ils attirent les rats, les mouches et les chiens. Ils pourrissent en dégageant des odeurs putrides. Même en petite quantité, à éviter absolument.
- Produits laitiers : fromage, yaourt, beurre. Ils rancissent, attirent les nuisibles et ralentissent le processus.
- Matières grasses et huiles : friture, sauce, huile de salade. Elles créent une pellicule imperméable qui asphyxie le compost. Une goutte d’huile d’olive sur une salade passée, ça va, mais pas de bouteille entière.
- Plantes malades : mildiou, oïdium, fusariose. Les spores survivent si le compost ne monte pas à 60 °C pendant au moins 3 jours consécutifs. Dans un compost domestique, la température n’est pas garantie. Brûlez ces plantes ou mettez-les à la déchèterie.
- Mauvaises herbes montées en graines : graines de liseron, chiendent, pissenlit. Elles restent viables plusieurs mois dans un compost froid. Seul un compost très chaud (65 °C) les détruit.
- Agrumes en grande quantité : les écorces contiennent des huiles essentielles qui ralentissent la décomposition. 2-3 écorces par semaine, ça va. Pas un sac entier.
- Oignons et ail crus : en petite quantité, ils sont acceptés. En excès, ils inhibent les bactéries et donnent une odeur forte.
Déchets toxiques ou polluants
- Litière de chat agglomérante : contient des bentonites et des additifs chimiques. Elle ne se décompose pas et peut contenir des agents pathogènes (toxoplasmose).
- Couches et lingettes : même « biodégradables », elles contiennent des plastiques et des gels superabsorbants. Pas de compost.
- Mégots de cigarette : 7 000 substances toxiques, dont du plomb, du cadmium et de l’arsenic. Un mégot pollue 500 litres d’eau. Jamais au compost.
- Produits traités chimiquement : bois traité (palettes non marquées « HT »), panneaux de particules, cartons d’emballage de produits ménagers.
- Charbon de barbecue : contient des résidus de combustion et des additifs. Il ne se décompose pas et peut libérer des métaux lourds.
- Poussière d’aspirateur : contient des acariens, des moisissures, des résidus de produits ménagers et des microplastiques.
- Huile de vidange, solvants, peintures : ce sont des déchets dangereux. Direction la déchèterie, pas le compost.
Tableau récapitulatif : vert, brun, interdit
| Type | Ce qu’on met | Ce qu’on ne met jamais |
|---|---|---|
| Déchets de cuisine | Épluchures, marc de café, coquilles d’œufs broyées, restes cuits sans viande | Viande, poisson, os, produits laitiers, huiles, sauces |
| Déchets de jardin | Feuilles mortes, tonte fine, tailles broyées, fleurs fanées | Plantes malades, mauvaises herbes en graines, résineux en excès |
| Papier/carton | Carton brun non traité, journal, sachets de thé | Carton plastifié, papier glacé, tickets de caisse (bisphénol) |
| Autres | Cendres de bois (dose), cheveux, litière végétale sans déjection | Litière de chat, couches, mégots, charbon, produits chimiques |
Les gestes qui changent tout : aération, humidité, taille
Même avec les bons déchets, un compost peut échouer. Trois paramètres sont critiques :
- L’aération : retournez le tas toutes les 2 à 3 semaines. Sans oxygène, les bactéries anaérobies prennent le dessus et produisent du méthane et de l’ammoniac. Un compost qui sent mauvais manque d’air. Utilisez un aérateur ou une fourche.
- L’humidité : le compost doit avoir la texture d’une éponge essorée. Trop sec (moins de 40 % d’humidité), la décomposition s’arrête. Trop humide (plus de 70 %), il pourrit. Testez : prenez une poignée, serrez. Si l’eau coule, c’est trop humide. Ajoutez des bruns (carton, feuilles). Si ça s’effrite, arrosez légèrement.
- La taille des morceaux : plus c’est petit, plus c’est rapide. Une branche de 5 cm met 2 ans. Un broyat de 1 cm met 3 mois. Passez les déchets au broyeur ou à la tondeuse.
Les erreurs fréquentes et comment les corriger
« Mon compost sent mauvais »
C’est un signe de manque d’oxygène ou d’excès d’azote. Ajoutez des bruns (carton, feuilles mortes, paille) à raison de 3 volumes pour 1 volume de déchets verts. Retournez le tas pour l’aérer. Si l’odeur persiste, ajoutez une poignée de cendre de bois (pas plus de 100 g pour 100 litres de compost).
« Il y a des moucherons et des rats »
Les moucherons (drosophiles) arrivent quand il y a des fruits trop mûrs ou des déchets sucrés en surface. Enfouissez toujours les déchets frais sous une couche de 10 cm de bruns. Les rats sont attirés par la viande, le poisson ou les restes cuits. Si vous les avez, retirez ces déchets et ajoutez une grille fine (maille de 1 cm) au fond du bac.
« Le compost ne chauffe pas »
Un tas de moins de 1 m³ ne chauffe pas assez. Si votre bac fait moins de 200 litres, la décomposition sera lente (6 à 12 mois). Pour accélérer, ajoutez un activateur naturel : ortie broyée, purin d’ortie, ou une poignée de terre de jardin riche en micro-organismes. La température doit être prise au cœur du tas avec un thermomètre à compost.
« Il y a des vers blancs (larves de cétoine) »
Ces larves sont bénéfiques : elles dévorent le bois et aèrent le compost. Laissez-les. Si vous avez des larves de mouche (petites, sans pattes, dans les zones humides), c’est un signe d’excès de vert. Ajoutez des bruns et retournez.
Compost en bac, en tas ou en lombricomposteur : quelle méthode pour vous ?
Le choix dépend de votre espace et de votre volume de déchets.
- Bac à compost (200-400 L) : idéal pour un jardin de 100 à 500 m². Il garde la chaleur et limite les nuisibles. Placez-le à l’ombre, sur de la terre nue (pas sur du béton) pour que les vers puissent monter.
- Tas libre : pour les grands jardins (plus de 500 m²). Il faut un volume minimum de 1 m³ pour qu’il chauffe. Couvrez-le d’une bâche ou d’un tapis de feuilles pour éviter le lessivage par la pluie.
- Lombricomposteur : pour balcon ou petit jardin (moins de 50 m²). Il utilise des vers de compost (Eisenia fetida). Pas de déchets acides (agrumes, oignons) en excès. Température idéale : 15-25 °C. Ne jamais mettre de viande, de produits laitiers ou de pain.
Les doses précises pour un démarrage réussi
Pour un bac de 300 litres, voici la recette de la première couche :
- Au fond : 10 cm de branches broyées (drainage et aération).
- Couche suivante : 15 cm de déchets bruns (feuilles mortes, carton déchiré).
- Couche suivante : 10 cm de déchets verts (épluchures, tonte).
- Arrosez légèrement (2 à 3 litres d’eau si les déchets sont secs).
- Répétez les couches jusqu’à remplir le bac. Terminez par une couche de 10 cm de bruns pour éviter les odeurs.
- Au bout de 3 jours, vérifiez la température. Si elle ne monte pas, ajoutez une poignée d’activateur ou de terre de jardin.
Compost et potager : le lien avec vos tomates
Le compost mûr (6 à 12 mois) est un engrais complet pour le potager. Il apporte de l’azote, du phosphore, du potassium et des oligo-éléments. Mais attention : un compost trop jeune (moins de 4 mois) peut brûler les racines des plantes. Il faut attendre qu’il soit brun, friable et qu’il sente la terre de sous-bois.
Les tomates sont particulièrement gourmandes. Un apport de 3 à 5 litres de compost mûr par pied, enfoui à 10-15 cm de profondeur au moment de la plantation, suffit pour toute la saison. Mais attention, un excès de compost riche en azote favorise le feuillage au détriment des fruits et rend les plants plus sensibles aux maladies. C’est pourquoi il est crucial de bien connaître l’état de votre compost avant de l’utiliser sur vos tomates. Pour approfondir la gestion de l’arrosage et de la fertilisation des tomates, et éviter les erreurs qui favorisent le mildiou, jetez un œil à la page dédiée au mildiou de la tomate. Vous y trouverez des conseils précis sur les doses d’eau et les signes d’alerte pour garder vos plants en pleine santé.
Sources
- Comment faire son compost : guide pratique pour un jardin durable
- Compost de jardin : le bon mélange de déchets
- Les ingrédients d'un bon compost
- Compost : 11 choses à ne surtout pas mettre dedans
- Comment faire un bon compost
- Compost : Guide pratique pour créer votre compost maison bio
- Le compost : nos fiches conseil pratiques
- RECYC-QUÉBEC - Le compostage domestique