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Un herisson au jardin : comment le garder vivant

Vous avez un hérisson dans votre jardin ? Bonne nouvelle : c’est un des meilleurs alliés du jardinier. Il mange limaces, escargots, chenilles et insectes en quantités impressionnantes. Mais le garder vivant demande quelques précisions. Voici tout ce qu’il faut savoir, chiffres et gestes à l’appui.

Pourquoi le hérisson est-il protégé ?

Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est une espèce protégée en France depuis 1981. L’interdiction est totale : vous ne pouvez pas le capturer, le déplacer, le détenir ou le tuer. Même un hérisson qui semble perdu ne doit pas être ramené chez vous. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) rappelle que son statut juridique est clair : toute manipulation non autorisée par un centre de soins est illégale. Si vous trouvez un hérisson blessé ou malade, vous devez contacter un centre de sauvegarde agréé. L’Office Français de la Biodiversité (OFB) et la LPO fournissent les listes de ces centres.

Cette protection n’est pas un caprice. Les populations de hérissons ont chuté de 30 à 50 % en vingt ans dans plusieurs régions d’Europe. Les causes principales sont la circulation routière, l’usage de pesticides, la disparition des haies et la fragmentation des habitats.

Comment accueillir un hérisson sans le déranger ?

La première règle est simple : ne faites rien. Un hérisson qui traverse votre jardin en fin de journée ou en pleine nuit est en train de chercher de la nourriture, un abri ou un partenaire. Il ne faut pas le toucher, le nourrir de force ou le déplacer. En revanche, vous pouvez aménager votre espace pour qu’il s’y installe durablement.

Un passage libre sous la clôture

Les hérissons parcourent de 1 à 3 kilomètres chaque nuit pour se nourrir. Ils ont besoin de circuler entre les jardins. Une clôture pleine ou un mur sans ouverture les bloque et les force à longer les routes, où ils se font écraser. Laissez un trou de 13 cm sur 13 cm au bas de votre clôture. C’est la dimension minimale pour qu’un hérisson passe, mais trop petite pour un chat ou un chien. Placez ce passage dans un coin discret, près d’une haie ou d’un massif.

Un abri pour l’hiver

Le hérisson hiberne de novembre à mars, selon la région et la météo. Pendant l’hibernation, son rythme cardiaque passe de 200 à 20 battements par minute. Il perd jusqu’à 30 % de son poids. Pour survivre, il a besoin d’un abri sec, à l’abri du vent et des prédateurs. Vous pouvez fabriquer un gîte simple : une caisse en bois retournée, avec une entrée de 13 cm, remplie de feuilles mortes et de paille. Placez-le dans un endroit calme, au pied d’une haie ou contre un mur, jamais en plein soleil. Ne le déplacez pas si un hérisson s’y est installé. Le dérangement en plein hiver peut le tuer.

Un point d’eau

Les hérissons boivent régulièrement. En été, la sécheresse peut les tuer en quelques jours. Disposez une soucoupe plate, peu profonde (2 à 3 cm d’eau), à l’ombre. Changez l’eau tous les jours pour éviter les moustiques. Un abreuvoir à oiseaux au ras du sol convient aussi. Ne mettez jamais de lait : les hérissons sont intolérants au lactose et cela provoque des diarrhées mortelles.

Que mange un hérisson ? Faut-il le nourrir ?

Un hérisson adulte mange de 70 à 100 grammes de nourriture par nuit. Son régime est composé à 70 % d’invertébrés : limaces, escargots, vers de terre, chenilles, coléoptères, araignées. Il peut avaler jusqu’à 200 limaces en une nuit. C’est un auxiliaire de jardin précieux.

En général, il n’est pas nécessaire de le nourrir. Un jardin riche en insectes, avec des zones de feuilles mortes, des tas de bois et des fleurs sauvages, lui fournit tout ce dont il a besoin. Si vous voulez lui donner un complément en hiver ou en période de sécheresse, utilisez uniquement des croquettes pour chat ou pour hérisson (vendues en animalerie), sans céréales ni sucre. Ne donnez jamais de pain, de fruits, de légumes ou de restes de table. Les aliments transformés provoquent des carences et des maladies.

Un tableau récapitulatif pour ne pas se tromper :

Aliment Autorisé Quantité Risque
Croquettes pour chat (sans céréales) Oui 1 à 2 cuillères à soupe par nuit Peu de risque si occasionnel
Croquettes pour hérisson Oui Suivre les instructions Aucun si produit adapté
Lait Non 0 Diarrhée, déshydratation, mort
Pain Non 0 Obstruction intestinale, malnutrition
Fruits et légumes Non 0 Fermentation, diarrhée
Restes de table Non 0 Sel, épices, graisses : toxiques
Eau fraîche Oui À volonté Aucun

Les dangers invisibles dans votre jardin

Plusieurs gestes quotidiens peuvent tuer un hérisson sans que vous le sachiez. Voici les principaux.

Les pesticides et les granulés anti-limaces

Les pesticides, même ceux dits « naturels », sont toxiques pour les hérissons. Les granulés anti-limaces au métaldéhyde sont mortels : un hérisson qui mange une limace empoisonnée ingère la dose létale. Les granulés au phosphate de fer sont moins dangereux, mais pas anodins. La meilleure solution est de ne pas utiliser de poison du tout. Si vous avez trop de limaces, tournez-vous vers des méthodes mécaniques (barrières, pièges à bière, ramassage manuel) ou vers les auxiliaires naturels comme les carabes et les crapauds. Comme on le voit sur la page du compost, un sol vivant attire les prédateurs naturels des limaces.

Les tondeuses et les débroussailleuses

Les hérissons se cachent dans les herbes hautes et les tas de feuilles. Passer une tondeuse ou une débroussailleuse sans vérifier la zone peut les broyer. Avant de tondre, inspectez visuellement les endroits touffus. Si vous avez un tas de bois ou de feuilles, déplacez-le à la main avant de passer la machine. Les blessures par lame sont la deuxième cause de mortalité après les routes.

Les piscines et les bassins

Un hérisson qui tombe dans une piscine ou un bassin se noie en quelques minutes s’il ne peut pas sortir. Installez une planche inclinée ou une rampe de sortie (une simple échelle de caillebotis fait l’affaire). Vérifiez chaque matin qu’aucun animal n’est piégé. Les piscines avec une couverture de sécurité sont aussi dangereuses si le hérisson passe en dessous.

Les trous et les grillages

Un hérisson peut tomber dans une tranchée ouverte, un trou de poteau ou un regard d’évacuation. Couvrez ces ouvertures avec un grillage à mailles fines (1 cm). Les grillages à grosses mailles (5 cm) sont un piège : le hérisson passe la tête et reste coincé par les piquants. Utilisez un grillage à poules (maille de 2,5 cm maximum) pour les clôtures.

Les feux de jardin

Ne brûlez jamais un tas de bois ou de feuilles sans l’avoir retourné. Les hérissons s’y réfugient pour hiberner. Secouez le tas, déplacez-le à la main, puis allumez le feu seulement après avoir vérifié qu’il n’y a aucun animal.

Que faire si vous trouvez un hérisson en détresse ?

Un hérisson en bonne santé sort la nuit, se déplace vite et ne se laisse pas approcher. Si vous en voyez un en plein jour, qui reste immobile, qui titube ou qui a des mouches autour de lui, il est en danger. Voici la procédure à suivre.

  1. Ne le touchez pas à mains nues. Portez des gants épais. Les hérissons peuvent porter des tiques, des puces et des larves de mouches. Certains sont porteurs de la salmonellose.
  2. Mettez-le dans un carton. Un carton assez haut pour qu’il ne saute pas, avec des trous d’air. Tapissez-le de papier journal ou d’un vieux torchon. Ne mettez pas de paille ni de foin, car les larves de mouches s’y cachent.
  3. Placez une bouillotte tiède. Un hérisson en détresse est souvent en hypothermie. Remplissez une bouteille d’eau tiède (37 °C), enveloppez-la dans un tissu et posez-la dans le carton, à côté du hérisson, pas dessus.
  4. Ne lui donnez rien à manger ni à boire. Un animal en hypothermie ne digère pas. L’eau ou la nourriture peut le tuer.
  5. Contactez un centre de soins. Trouvez le centre agréé le plus proche sur le site de l’OFB ou de la LPO. Les vétérinaires classiques ne sont pas toujours formés aux hérissons. Ne le gardez pas chez vous plus de 24 heures.

Un hérisson qui pèse moins de 400 grammes en novembre ne survivra pas à l’hiver sans aide. Les centres de sauvegarde les prennent en charge pour les nourrir et les relâcher au printemps.

Les hérissons et les autres animaux du jardin

Les hérissons ne sont pas agressifs. Ils ne s’attaquent pas aux chats, aux chiens ou aux poules. En revanche, un chien curieux peut le mordre ou le retourner. Surveillez vos animaux la nuit si vous savez qu’un hérisson circule. Les hérissons sont également porteurs de puces spécifiques (Archaeopsylla erinacei), qui ne vivent que sur eux et ne piquent pas les humains. Ne les traitez pas avec des antipuces pour chien ou chat : ces produits sont toxiques pour eux.

Comment savoir si votre jardin est un bon refuge ?

Vous pouvez faire un petit diagnostic en cinq points.

Si vous cochez au moins trois points, votre jardin est un refuge. Vous pouvez le signaler à l’OFB ou à la LPO dans le cadre des programmes de suivi des populations.

Le hérisson et le potager : un duo gagnant

Un hérisson dans le potager, c’est une protection gratuite contre les limaces et les escargots. En une nuit, il peut nettoyer un carré de salades sans laisser de trace. Mais pour qu’il reste, il faut que le potager soit accueillant. Évitez de pailler avec des écorces de pin ou des graviers : le hérisson a du mal à marcher dessus. Préférez un paillage de paille ou de feuilles mortes. Laissez un coin en friche près du potager, avec des orties ou des ronces, pour qu’il s’y cache le jour.

Si vous cultivez des tomates, vous savez que le mildiou peut ruiner une récolte. Mais un hérisson ne mange pas les plantes, il ne fait que chasser les insectes. Pour protéger vos tomates du mildiou, le meilleur moyen reste la prévention : espacement des plants, arrosage au pied, paillage. Tout cela est expliqué en détail sur la page du mildiou. Le hérisson, lui, s’occupe des limaces qui grimpent sur les tiges et abîment les fruits. Les deux approches sont complémentaires.

Les idées reçues sur le hérisson

Certaines croyances populaires peuvent nuire aux hérissons. Voici les plus courantes.

Sources