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Qui mange qui au jardin : le guide des auxiliaires
Vous avez déjà vu une coccinelle sur vos rosiers et vous êtes dit « chance » ? Vous avez raison. Au jardin, tout le monde ne se bat pas à coups de pulvérisateur. Certains insectes, les auxiliaires, travaillent pour vous, gratuitement, 24 h/24. Ils mangent les pucerons, les chenilles, les limaces, les acariens. Le problème : on ne les connaît pas toujours, et on les confond parfois avec les nuisibles. Ce guide vous dit qui mange qui, comment les attirer, et surtout comment ne pas les tuer par erreur.
Qu’est-ce qu’un auxiliaire ?
Un auxiliaire, c’est un être vivant (insecte, araignée, oiseau, batracien) qui se nourrit d’un ravageur du jardin. Il peut être prédateur (il attaque et dévore) ou parasitoïde (il pond dans le ravageur, la larve le dévore de l’intérieur). En France, on compte près de 5 500 espèces d’insectes auxiliaires. Sans eux, les cultures seraient bien plus vulnérables. Mais attention : un auxiliaire n’est pas un animal de compagnie. Il vient si le garde-manger est garni et si l’environnement lui convient. Vous ne pouvez pas l’acheter et le lâcher comme un produit miracle. Vous devez l’accueillir.
Les grands prédateurs du potager
Voici les auxiliaires les plus efficaces, ceux qu’on croise dans presque tous les jardins. Chacun a ses proies favorites, son cycle de vie, ses conditions d’activité.
La coccinelle (Coccinellidae)
La championne toutes catégories. Une larve de coccinelle à 7 points mange 200 à 300 pucerons par jour. Un adulte en avale 50 à 100 par jour. Sur toute sa vie (3 à 4 semaines de larve, puis plusieurs mois d’adulte), une seule coccinelle peut éliminer plusieurs milliers de pucerons. Elle chasse aussi les cochenilles, les acariens, les œufs de papillons. Active dès 10 °C, elle hiberne dans les feuilles mortes, les vieilles souches, les interstices des murs.
Le carabe (Carabidae)
Ce coléoptère noir ou vert métallique court vite et chasse la nuit. Il se nourrit de limaces, d’escargots, de larves de taupins, de chenilles. Un carabe adulte peut dévorer une limace de taille moyenne en une nuit. Il a besoin d’abris au sol : pierres, bois mort, paillage épais. Ne le confondez pas avec le scarabée japonais (nuisible) : le carabe a des pattes longues et fines, et il ne s’attaque pas aux plantes.
Le syrphe (Syrphidae)
On le prend souvent pour une petite guêpe, mais c’est une mouche. L’adulte butine les fleurs (ombellifères, astéracées). La larve, elle, est un redoutable chasseur de pucerons. Une larve de syrphe mange jusqu’à 400 pucerons en 10 à 15 jours. Les syrphes sont actifs de mars à octobre, dès que la température dépasse 12 °C. Pour les attirer, plantez de la coriandre, du fenouil, de l’aneth, des soucis.
La chrysope (Chrysopidae)
Appelée « lion des pucerons ». Sa larve, dotée de puissantes mandibules, attaque pucerons, cochenilles, thrips, acariens, œufs de papillons. Une larve de chrysope peut consommer 200 à 500 proies pendant son développement (2 à 3 semaines). Les adultes se nourrissent de nectar et de pollen. Les chrysopes aiment les haies, les ronces, les vieux arbres. On peut installer des nichoirs à chrysopes (petites boîtes en bois avec des fentes).
Le perce-oreille (Forficula auricularia)
Souvent mal aimé, le perce-oreille est pourtant un auxiliaire précieux. Il mange les pucerons, les acariens, les œufs de carpocapse, les petites chenilles. Actif la nuit, il se cache le jour dans des pots retournés remplis de paille. Attention : en cas de surpopulation, il peut grignoter les fruits mûrs (abricots, cerises). Mais dans un jardin équilibré, il rend plus de services que de dégâts.
Les araignées
Ce ne sont pas des insectes, mais des auxiliaires redoutables. Une araignée tisse une toile et capture mouches, moustiques, pucerons ailés, papillons. Les araignées sauteuses chassent à vue. On estime qu’une araignée peut attraper 100 à 200 insectes par mois. Elles sont actives toute l’année si le temps le permet. Pour les accueillir, laissez des zones sauvages, des tas de pierres, des herbes hautes.
Qui mange qui ? Le tableau des relations
Voici un tableau récapitulatif des principales proies et de leurs prédateurs au potager. Utilisez-le pour identifier ce que vous observez.
| Ravageur | Prédateurs naturels | Nombre de proies mangées (par jour / par stade) |
|---|---|---|
| Pucerons | Coccinelle, syrphe, chrysope, perce-oreille, araignée, guêpe parasitoïde | Larve coccinelle : 200-300/jour. Larve syrphe : 30-40/jour. Larve chrysope : 50-100/jour. |
| Limaces et escargots | Carabe, hérisson, grive, merle, lézard, crapaud, grenouille | Un carabe adulte peut tuer 1 limace/nuit. Un hérisson mange jusqu’à 30 limaces/nuit. |
| Chenilles (piéride, noctuelle) | Chrysope, punaise prédatrice, guêpe parasitoïde, mésange, araignée | Une mésange peut apporter 300 à 500 chenilles à ses oisillons par jour. |
| Acariens (araignées rouges) | Phytoséiulus (acarien prédateur), chrysope, coccinelle, thrips prédateur | Phytoséiulus adulte mange 5 à 10 acariens/jour. Une colonie peut nettoyer une plante en 2 semaines. |
| Thrips | Chrysope, punaise Orius, acarien prédateur, coccinelle | Orius peut consommer 10 à 20 thrips par jour. |
| Cochenilles | Coccinelle (certaines espèces), chrysope, guêpe parasitoïde, fourmis (parfois) | Une coccinelle à 2 points mange 30 à 50 cochenilles/jour. |
Comment attirer et garder les auxiliaires
Vous ne pouvez pas commander une livraison d’auxiliaires comme on commande des graines. Il faut créer les conditions pour qu’ils s’installent et restent. Voici des actions concrètes, avec des dates et des doses.
- Plantes mellifères et nectarifères : semez des fleurs qui nourrissent les adultes (syrphes, chrysopes, coccinelles). Plantez en mars-avril un mélange de phacélie, sarrasin, aneth, coriandre, fenouil, souci, cosmos. Prévoyez au moins 2 m² pour 50 m² de potager.
- Habitats de reproduction et d’hivernation : installez un abri à insectes (boîte en bois avec bambous, fentes, pommes de pin) à 1,50 m du sol, orienté sud-est. Ajoutez un tas de bois mort, un tas de pierres, une haie champêtre (charme, noisetier, sureau). Laissez les tiges creuses des plantes (fenouil, ronces) jusqu’au printemps.
- Paillage permanent : une couche de 5 à 10 cm de paille, de broyat ou de feuilles mortes abrite les carabes, les araignées, les perce-oreilles. Renouvelez en automne.
- Points d’eau : une petite coupelle d’eau peu profonde (avec des cailloux pour que les insectes ne se noient) placée près des fleurs. Changez l’eau tous les 3 jours pour éviter les moustiques.
- Pas de pesticides : même les produits « bio » à base de pyrèthre ou de savon noir tuent les auxiliaires. Utilisez-les seulement en dernier recours, localement, et jamais sur les fleurs.
Les pièges à éviter : pesticides et faux amis
On croit bien faire, mais on élimine souvent les auxiliaires sans le savoir.
- Les pesticides chimiques : ils tuent tout sur leur passage. Un seul passage de pyrèthre (même bio) peut décimer la population de coccinelles d’un jardin pour plusieurs semaines.
- Les insecticides systémiques : ils restent dans la plante et empoisonnent les auxiliaires qui butinent ou chassent.
- Le désherbage radical : enlever toutes les « mauvaises herbes » prive les auxiliaires de nourriture (pollen) et d’abris. Laissez une partie du jardin en friche.
- Le labour profond : il détruit les nids de carabes, les larves de syrphes et les chrysopes dans le sol. Travaillez le sol superficiellement.
- Les confusions : le perce-oreille est parfois confondu avec un nuisible. La larve de syrphe (ressemble à une petite chenille) peut être écrasée par erreur. Apprenez à les reconnaître.
Quand les auxiliaires ne suffisent pas : seuils d’intervention
Les auxiliaires ne sont pas des super-héros. Parfois, une invasion est trop forte. Il faut alors intervenir, mais avec modération. Voici des repères chiffrés pour décider.
- Pucerons sur rosier ou fruitier : si vous comptez plus de 30 pucerons par feuille ou par pousse, et que les auxiliaires ne sont pas visibles (moins d’1 coccinelle pour 100 pucerons), vous pouvez intervenir avec un jet d’eau fort ou du savon noir dilué (5 ml/L).
- Limaces : si vous perdez plus de 20 % de vos jeunes plants en une semaine, posez des pièges à bière (bol enterré rempli de bière, changé tous les 2 jours). Limitez-vous à 1 piège par 10 m².
- Chenilles de piéride sur chou : si vous voyez plus de 5 chenilles par plant, inspectez et enlevez-les à la main. Pulvérisez du Bacillus thuringiensis (Bt) uniquement le soir, en respectant la dose (1 g/L). Le Bt ne tue pas les auxiliaires, mais il faut éviter de toucher les fleurs.
- Acariens (araignées rouges) sous serre : si plus de 50 % des feuilles sont tachées, introduisez des acariens prédateurs (Phytoseiulus persimilis) à raison de 10 par m². Disponibles en jardinerie, à lâcher dès que la température dépasse 18 °C.
L’auxiliaire star : la coccinelle en détail
Puisqu’elle est la plus connue, faisons un zoom. Il existe 600 espèces de coccinelles en France. Les plus communes au jardin sont la coccinelle à 7 points (Coccinella septempunctata) et la coccinelle à 2 points (Adalia bipunctata). Leur cycle de vie dure 3 à 6 semaines selon la température.
- Œufs : pondus par paquets de 10 à 50 sous les feuilles, jaunes ou orangés. Éclosion en 3 à 5 jours à 20 °C.
- Larve : ressemble à une petite chenille noire avec des points orange. Elle se déplace activement et dévore pucerons. En 3 semaines, elle peut manger 800 à 1000 pucerons.
- Nymphe : se fixe sur une tige, immobile pendant 5 à 8 jours. Puis l’adulte émerge.
- Adulte : vit plusieurs mois, hiberne en automne. Une coccinelle adulte peut survivre jusqu’à 2 ans dans de bonnes conditions.
Pour attirer les coccinelles, plantez des orties (elles aiment y pondre), des ombellifères, et laissez des zones de feuilles mortes pour l’hiver. N’achetez pas de coccinelles en boîte : elles viennent souvent d’élevages industriels et ne restent pas. Mieux vaut favoriser les populations locales.
Un coup d’œil chez les tomates
Les tomates sont une cible de choix pour les pucerons, les acariens, les aleurodes et les chenilles. Les auxiliaires y sont particulièrement utiles. Par exemple, le mildiou n’est pas un insecte, mais un champignon. Pour le gérer, on mise sur la prévention (arrosage au pied, paillage, espacement) plutôt que sur les auxiliaires. Si vous voulez tout savoir sur le mildiou, la page du mildiou vous donne les symptômes précis, les traitements préventifs au cuivre (doses limitées) et les variétés résistantes.
Mais pour les ravageurs, les auxiliaires fonctionnent très bien sur tomates. Les coccinelles et les syrphes contrôlent les pucerons. Les chrysopes s’attaquent aux aleurodes. Les punaises prédatrices (Macrolophus) sont très efficaces sous serre. Pour les favoriser, plantez de la bourrache, du basilic et des œillets d’Inde entre les pieds de tomates. Évitez les traitements insecticides, même bio, pendant la floraison pour ne pas tuer les pollinisateurs et les auxiliaires.
Sources
- Les insectes auxiliaires du jardin : Guide biodiversité, Grand Lyon
- Accueillir les insectes utiles : Jardiner Autrement
- Reconnaître et gérer les auxiliaires de cultures : Chambre d'agriculture Centre-Val de Loire
- Les coccinelles (Coccinellidae) : Ephytia / INRAE
- Les auxiliaires des cultures : Agrienvironnement.org
- Fiche technique : les auxiliaires : GRAB / RMT
- Auxiliaires : des insectes utiles en agriculture : SimplyScience
- Rôle des insectes auxiliaires des cultures : Terre-net