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Attirer les pollinisateurs : abeilles, bourdons et autres, ce qui marche réellement
Vous avez des fleurs, mais pas de fruits ? Des courgettes qui avortent, des tomates qui restent petites, des arbres fruitiers qui donnent peu ? Le problème est souvent le même : il manque des pollinisateurs. Abeilles, bourdons, syrphes, papillons, ces insectes sont vos meilleurs alliés au potager. Sans eux, pas de pollinisation, pas de récolte. On estime que 75 % des cultures mondiales dépendent de la pollinisation animale, selon la FAO. Voici ce qui fonctionne vraiment pour les attirer et les garder chez vous.
Pourquoi les pollinisateurs sont-ils indispensables au potager ?
Les pollinisateurs transportent le pollen d'une fleur à l'autre. Ce geste permet la fécondation et la formation des fruits et des graines. Sans cela, vos plants de courgettes produisent des fleurs femelles qui tombent, vos fraisiers donnent des fruits difformes, vos pommiers restent vides. L'INRAE rappelle que les abeilles domestiques et sauvages assurent la reproduction de la majorité des plantes à fleurs. Au potager, les légumes-fruits (tomates, courgettes, concombres, aubergines, poivrons) en ont un besoin vital. Même les légumes-feuilles comme la salade montent en graines grâce aux insectes. Moins de pollinisateurs, c'est moins de récoltes, et des récoltes de moins bonne qualité.
Les plantes qui attirent vraiment les pollinisateurs
Le secret, c'est la diversité florale et la continuité. Les pollinisateurs ont besoin de nectar et de pollen du printemps à l'automne. Si votre jardin ne fleurit que deux semaines en mai, ils partiront ailleurs. Voici les plantes qui marchent, avec des périodes de floraison précises.
Les vivaces à longue floraison
Les plantes vivaces reviennent chaque année. Une étude de l'université Penn State montre que certaines attirent une grande diversité d'insectes. Plantez-les une fois, elles travaillent pour vous pendant des années.
- La lavande (Lavandula angustifolia) : floraison de juin à août. Les abeilles domestiques et les bourdons en raffolent. Taillez-la après la floraison pour garder un port compact.
- L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) : floraison de juillet à septembre. C'est un aimant à papillons et à syrphes. Elle aime les sols frais.
- Le sedum (Sedum spectabile) : floraison d'août à octobre. Quand le reste du jardin se vide, les sedums sont encore couverts d'abeilles et de bourdons. Plantez-le au soleil.
- La sauge des prés (Salvia pratensis) : floraison de mai à juillet. Les bourdons à longues langues adorent ses fleurs tubulaires.
Les annuelles à semis direct
Les annuelles fleurissent vite et longtemps. Semez-les au printemps directement en pleine terre.
- Le cosmos (Cosmos bipinnatus) : floraison de juin aux gelées. Il attire les syrphes et les petites abeilles solitaires. Semez en avril-mai, éclaircissez à 30 cm.
- La bourrache (Borago officinalis) : floraison de mai à octobre. Les abeilles en sont folles. C'est aussi une plante comestible (fleurs et jeunes feuilles). Semez en place en avril.
- Le phacélie (Phacelia tanacetifolia) : floraison 6 à 8 semaines après le semis. C'est la plante de couverture idéale pour attirer les abeilles. Semez entre les rangs du potager ou en jachère fleurie.
- Le tournesol (Helianthus annuus) : floraison de juillet à septembre. Les variétés à pollen (pas les hybrides stériles) nourrissent les abeilles. Semez en mai, espacez de 40 cm.
Les arbustes et arbres
Les arbres et arbustes offrent des ressources massives en début de saison, quand les vivaces démarrent à peine.
- Le saule (Salix caprea) : floraison en février-mars. C'est la première source de pollen pour les abeilles sortant de l'hiver. Plantez-le en haie ou en isolé.
- Le cornouiller mâle (Cornus mas) : floraison en février-mars. Ses fleurs jaunes sont très visitées par les abeilles.
- Le tilleul (Tilia cordata) : floraison en juin-juillet. Attention, certaines variétés (Tilia tomentosa) peuvent intoxiquer les bourdons. Préférez le tilleul à petites feuilles.
Un calendrier de floraison pour nourrir les pollinisateurs toute l'année
Pour que les insectes restent chez vous, il faut des fleurs de mars à octobre. Voici un tableau simple pour planifier vos plantations.
| Période | Plantes recommandées | Type |
|---|---|---|
| Février - Mars | Saule, cornouiller mâle, noisetier | Arbustes |
| Avril - Mai | Pissenlit, trèfle blanc, fruitiers (pommier, cerisier) | Vivaces, arbres |
| Juin - Juillet | Lavande, bourrache, phacélie, cosmos, sauge | Vivaces, annuelles |
| Août - Septembre | Sedum, eupatoire, tournesol, menthe | Vivaces, annuelles |
| Octobre (si doux) | Lierre grimpant (Hedera helix), aster d'automne | Arbuste grimpant, vivace |
Le lierre fleurit en septembre-octobre, quand presque tout est fané. Il est une source de nectar cruciale pour les abeilles avant l'hiver. Ne le coupez pas.
Aménager un habitat pour les pollinisateurs sauvages
Les abeilles domestiques ont un apiculteur. Les abeilles sauvages (bourdons, abeilles solitaires) et les syrphes ont besoin de gîtes. Sans endroit pour nicher ou hiverner, elles ne s'installent pas.
Les hôtels à insectes, à faire soi-même
Un hôtel à insectes du commerce, c'est souvent de la déco. Pour qu'il fonctionne, il faut des matériaux précis et un emplacement adapté.
- Pour les abeilles solitaires (osmies, mégachiles) : des tiges creuses (bambou, roseau, ronce) coupées à 15-20 cm de long, avec un diamètre de 2 à 10 mm. Placez-les horizontalement, au soleil, à 1 mètre du sol, face sud ou sud-est. Changez les tiges tous les deux ans.
- Pour les bourdons : un pot en terre cuite retourné, rempli de paille ou de mousse, posé à même le sol dans un endroit sec et abrité. Un trou d'entrée de 2 cm de diamètre. Certains bourdons nichent dans des trous de souris ou sous des pierres.
- Pour les syrphes : ils pondent près des colonies de pucerons. Ne les chassez pas, c'est leur nourriture pour les larves. Ils n'ont pas besoin d'hôtel, mais d'une végétation dense au sol.
Les zones de refuge
Laissez un coin de jardin en friche. Les tiges creuses des ronces et des framboisiers servent de nids. Un tas de bois mort abrite les bourdons. Une mare ou une simple coupelle d'eau avec des cailloux (pour qu'ils ne se noient pas) est indispensable. Changez l'eau tous les deux jours en été.
Ce qu'il faut absolument éviter : les pesticides
C'est le point le plus important. Les insecticides tuent les pollinisateurs directement ou par contact sur les fleurs. Les néonicotinoïdes, même en petites doses, désorientent les abeilles qui ne retrouvent plus leur ruche. Au jardin, pas de produit chimique. Si vous devez traiter des pucerons, utilisez du savon noir dilué (5 cuillères à soupe par litre d'eau), uniquement sur les parties atteintes, jamais sur les fleurs. Ne pulvérisez jamais en journée quand les abeilles butinent. Traitez tôt le matin ou tard le soir.
Les herbicides aussi sont nocifs. Ils suppriment les fleurs sauvages (pissenlit, trèfle, lierre terrestre) qui sont des ressources précieuses au printemps. Laissez pousser un peu de trèfle dans la pelouse, tondez moins souvent. Une tonte tous les 15 jours au lieu de tous les 7 jours multiplie les fleurs disponibles.
Les gestes concrets pour un jardin accueillant
- Plantez en groupes : les pollinisateurs sont plus attirés par une touffe de 5 plants de lavande que par un plant isolé. Faites des massifs d'au moins 1 mètre carré de la même espèce.
- Choisissez des variétés simples : les fleurs doubles (roses, pivoines) ont souvent moins de nectar et de pollen. Préférez les variétés simples, à une seule rangée de pétales.
- Ne coupez pas tout à l'automne : les tiges creuses des vivaces (tournesol, buddléia, ronce) servent de refuge pour l'hiver. Attendez le printemps pour tailler.
- Plantez des fleurs à différentes hauteurs : des couvre-sols (thym rampant, serpolet), des plantes basses (pâquerette, pensée), des arbustes (sureau, sureau). Chaque insecte a sa préférence.
- Arrosez sans noyer : les abeilles boivent au bord des flaques. Créez une petite zone humide avec du sable ou de la terre argileuse.
Les pollinisateurs ne sont pas que des abeilles
On pense souvent aux abeilles domestiques, mais les autres insectes sont tout aussi importants. Les bourdons sont des pollinisateurs très efficaces, surtout pour les tomates et les aubergines. Les syrphes (ces petites mouches rayées jaune et noir) sont des prédateurs de pucerons à l'état larvaire, et des butineurs à l'état adulte. Les mouches, souvent oubliées, jouent aussi un rôle : une étude de Journal of Pollination Ecology montre que certaines mouches sont aussi efficaces que les abeilles pour certaines fleurs. Les papillons sont moins efficaces (ils transportent moins de pollen), mais leur présence indique un jardin sain.
Pour attirer les syrphes, plantez des fleurs à ombelles (fenouil, carotte sauvage, aneth, cerfeuil). Les bourdons aiment les fleurs tubulaires (digitales, sauges, trèfles). Les abeilles solitaires préfèrent les fleurs à cupule (marguerite, échinacée, rudbeckie).
Et si rien ne marche ? Les causes possibles
Vous avez planté les bonnes fleurs, vous avez un hôtel à insectes, mais les pollinisateurs ne viennent pas. Plusieurs raisons possibles.
- Le voisinage traite : si les champs autour de chez vous reçoivent des pesticides, les insectes sont rares. Vous pouvez contacter votre mairie ou une association pour des actions collectives (zone de non-traitement).
- Le manque de diversité : une seule espèce de fleur ne suffit pas. Il faut au moins 10 espèces différentes, étalées dans le temps.
- L'emplacement : les fleurs à l'ombre attirent moins. Les pollinisateurs aiment le soleil et la chaleur. Déplacez vos massifs si besoin.
- Le vent : un jardin trop venté empêche les insectes de voler. Plantez une haie brise-vent (charme, noisetier) qui fleurira en plus.
- La sécheresse : les fleurs stressées produisent moins de nectar. Arrosez régulièrement, surtout les annuelles et les jeunes plants.
Si après deux ans d'efforts vous ne voyez toujours pas d'abeilles, il est possible que votre secteur soit très pauvre en pollinisateurs. Dans ce cas, concentrez-vous sur les plantes autofertiles (tomates, pois, haricots) et sur les légumes-feuilles (salades, épinards, choux) qui n'ont pas besoin de pollinisation pour produire.
Le lien avec la culture des tomates
Les tomates sont un cas particulier. Elles sont autofertiles : une même fleur contient les organes mâles et femelles. Mais la pollinisation par le vent ou par les insectes améliore le rendement et la qualité des fruits. Les bourdons, en particulier, font vibrer les fleurs (pollinisation par vibration) et libèrent le pollen plus efficacement que le vent. Sans bourdons, vous pouvez secouer vous-même les tiges des tomates tous les deux jours, en milieu de matinée, pour imiter ce mouvement. Mais les bourdons le font mieux et plus souvent. Pour en savoir plus sur la culture des tomates et les problèmes de floraison, consultez la page du mildiou. Vous y trouverez des conseils pour éviter les maladies qui affaiblissent les plants et réduisent la production de fleurs, donc l'attrait pour les pollinisateurs.
Si vous voulez attirer les bourdons près de vos tomates, plantez des fleurs à floraison précoce (saule, cornouiller) à proximité. Les bourdons installent leur nid au printemps et butinent ensuite dans un rayon de 100 à 200 mètres. Plus ils sont proches, plus ils visitent vos tomates.
Sources
- À quoi servent les abeilles ? (INRAE)
- Les fleurs, supermarchés des abeilles (INRAE / Itsap)
- Le déclin des pollinisateurs (INRAE / IPBES)
- Rencontre avec les pollinisateurs (Ministère de la Transition écologique)
- Pollinisation et moyens d'existence (FAO)
- Les vivaces attirent les pollinisateurs (Penn State)
- Ressources florales et abeilles sauvages (thèse INRAE)
- Plantes et pollinisateurs (ARB Île-de-France)
- Mouches et fleurs : attractifs et récompenses (J. Pollination Ecology)