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Attirer les abeilles et les pollinisateurs au jardin

Les abeilles ne viennent pas par hasard. Elles viennent parce que le jardin leur offre de quoi manger et un endroit pour s'installer. C'est tout. Pas besoin de ruche chez soi pour les voir travailler. Un balcon avec trois pots bien choisis, un carré de potager, une haie sauvage, un coin d'herbes folles, cela suffit souvent à attirer les pollinisateurs. Et quand ils viennent, ils font un travail invisible mais indispensable : ils transportent le pollen d'une fleur à l'autre, ce qui permet aux fruits de se former. Tomates, courgettes, framboises, haricots, sans eux, pas de récolte.

Pourquoi les pollinisateurs ont besoin de nos jardins

En France, plus de 3 500 espèces d'abeilles sauvages vivent à l'état naturel, rappelle l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie) sur son site projets de conservation. En quarante ans, les populations d'insectes volants ont chuté de près de 80 % dans certaines régions d'Europe, selon des suivis de l'ADEME. Les causes sont connues : pesticides, destruction des haies, monocultures, urbanisation. Le jardin, lui, peut devenir un refuge, à condition de ne surtout pas faire comme les grandes cultures.

Le plan national en faveur des insectes pollinisateurs 2021-2026, porté par les ministères de la Agriculture et de la Transition écologique (voir les sources en fin de page), insiste sur le rôle des jardins privés. Ils représentent une surface énorme, parfois plus vaste que les réserves naturelles. Chaque espace compte, même un balcon de 2 m².

Ce que butinent réellement les abeilles : des chiffres concrets

Une abeille domestique visite en moyenne 300 fleurs par jour, et il faut environ 4 millions de fleurs pour produire 1 kg de miel. Mais l'abeille domestique n'est pas la seule, ni même la plus efficace. Les bourdons, eux, travaillent plus vite et plus tôt le matin, dès 5°C, alors que les abeilles domestiques sortent seulement à partir de 12°C. Les syrphes, ces mouches à rayures jaunes et noires, sont des pollinisateurs méconnus : leurs larves mangent des pucerons, et les adultes butinent les mêmes fleurs que les abeilles. Les papillons aussi, surtout les petits bleus et les piérides, participent à la pollinisation, même si leur rôle est moins connu.

Une étude de l'INRAE sur les plantes butinées par les abeilles domestiques (voir source INRAE : quelles plantes sont butinées) montre que le pollen récolté provient de très nombreuses espèces. Les abeilles ne se contentent pas des fleurs « jolies ». Elles suivent des cycles : au printemps, elles préfèrent les arbres fruitiers, le colza, le trèfle ; en été, les tilleuls, les ronces, les lavandes ; en automne, le lierre qui fleurit tard et offre une ressource précieuse avant l'hiver.

Voici un tableau des principaux groupes de pollinisateurs, avec leurs besoins et leurs périodes d'activité :

PollinisateurPériode d'activitéTempérature minimaleFleurs préférées
Abeille domestiqueMars à octobre12°CFruits, trèfle, colza, lavande
Bourdon terrestreFévrier à octobre5°CFramboisier, tomate, trèfle, saule
Abeille solitaire (osmie)Mars à mai10°CFruitiers, noisetier, lilas
SyrpheAvril à novembre8°CPissenlit, carotte sauvage, fenouil
PapillonAvril à septembre15°CSedum, buddleia, centaurée

Créer un abri : nichoirs et zones de sol nu

Les abeilles sauvages ne vivent pas dans des ruches. Elles creusent dans le sol, dans des tiges creuses, dans les fissures d'un mur de pierre sèche. Pour les attirer, laisser faire la nature, c'est déjà un bon début. Une parcelle de terre non tondue, un vieux tas de bois, des tiges de bambou coupées et posées dans un endroit sec, voilà des refuges faciles.

Un nichoir à osmie se fabrique aussi simplement qu'un fagot de tiges creuses : des tiges de ronce ou de bambou coupées à 20 cm, regroupées en botte, suspendues à l'abri de la pluie, à environ 1 m du sol. Les osmiés sortent très tôt en mars, il faut poser le nichoir fin février. Les bourdons, eux, s'installent dans un vieux nid de souris ou sous un tas d'herbes. On peut leur fabriquer une caisse en bois avec une entrée de 2 cm de diamètre, remplie d'herbes sèches, posée à même le sol à l'ombre.

Pour les abeilles terricoles (qui creusent), il faut une zone de sol nu, sans paillis, exposée au sud, bien drainée. Un simple carré de terre retournée au printemps, sans mulch, suffit souvent. Ne jamais traiter ce sol avec des pesticides.

Les plantes mellifères : les incontournables par saison

Toutes les fleurs ne se valent pas. Les fleurs doubles, avec beaucoup de pétales, contiennent souvent moins de nectar car les étamines sont transformées en pétales. Les variétés anciennes, à fleur simple, sont les plus attractives. Le Ministère de l'Agriculture a publié une liste de plantes attractives pour les abeilles (voir source Liste de plantes attractives pour les abeilles), tout comme le Conservatoire National des Plantes à Parfum, Médicinales et Aromatiques (voir source Liste de plantes mellifères).

Voici une sélection pratique, avec la période de floraison et la hauteur pour planter dans un massif, un pot ou un balcon :

Quantité : pour un pot de 30 cm de diamètre, une seule plante suffit, mais il est préférable de grouper 3 à 5 pieds de la même espèce. Les abeilles ont une mémoire des couleurs et des formes, elles reviennent plus souvent vers un massif dense qu'une fleur isolée.

Le semis de fleurs mellifères : les bonnes dates

Le phacélie se sème de mars à juin, en pleine terre, à 5 mm de profondeur, à raison de 2 à 3 g/m². Elle lève en 10 jours et fleurit au bout de 2 mois. Le bleuet se sème en même temps, directement en place. La bourrache demande une terre fraîche, semis à la volée en avril, puis éclaircissage à 20 cm. Le sarrasin, excellent pour les abeilles, se sème en mai, il fleurit pendant 3 semaines puis se dégrade. On peut le semer plusieurs fois de suite pour avoir une floraison longue.

Les pratiques de jardin qui aident ou qui nuisent

Tondre moins souvent, c'est la première chose. Une pelouse fleurie (qui contient trèfle, pissenlit, véronique) est une vraie pâture pour les pollinisateurs. Il suffit de tondre toutes les 3 semaines au lieu de chaque semaine, et de laisser les bordures et un coin de pelouse intacte jusqu'en automne. Les études du plan national pollinisateurs montrent que la biodiversité d'une pelouse tondue rarement double en un an.

Ensuite, arrêtons les insecticides. Même les produits « naturels » comme le pyrèthre tuent les abeilles. Pour les pucerons, préférer un jet d'eau savonneuse (1 cuillère à soupe de savon noir liquide pour 1 litre d'eau) ou laisser les syrphes faire leur travail. Pour le mildiou des tomates, il existe des méthodes préventives, comme on le voit sur la page du mildiou.

Le paillage est utile pour garder l'humidité, mais il faut éviter de couvrir tout le sol. Les abeilles terricoles ont besoin de zones nues. De plus, un paillis trop épais empêche les fleurs printanières de pointer.

L'arrosage : les abeilles ont besoin d'eau, surtout en été. Un simple bol d'eau avec des graviers ou des cailloux pour qu'elles ne se noient pas, placé à mi-ombre, suffit. L'eau est indispensable pour diluer le miel et pour la thermorégulation.

Le calendrier des actions pour attirer les pollinisateurs

Ce qui fait la différence, c'est la régularité. Voici un calendrier concret, mois par mois :

MoisAction concrèteDurée ou quantité
JanvierPréparer un fagot de tiges creuses pour les osmiés20 cm de longueur, suspendu à l'abri
FévrierInstaller le nichoir à osmie, semer le romarin en pot1 nichoir pour 10 m² de jardin
MarsSemer phacélie, bleuet, bourrache en place, ne pas tondre les pissenlits2 à 3 g/m² pour le phacélie
AvrilPlanter les vivaces mellifères (lavande, sauge, thym)3 plants minimum par espèce
MaiSemer le sarrasin, créer un point d'eau1 bol avec graviers
JuinAdapter la tonte : laisser les bordures fleurirTonte toutes les 3 semaines
JuilletArroser copieusement une fois par semaine en cas de sécheresse2 litres d'eau par plante en pot
AoûtNe pas couper le lierre en fleursLaisser jusqu'en octobre
SeptembreSemer un couvert de trèfle blanc à la place des légumes récoltés15 g/m² pour un engrais vert
OctobreInstaller un tas de pierres ou un tas de bois pour les insectes50 cm de haut
NovembreLaisser les tiges creuses des plantes vivaces en placeNe pas tailler avant février
DécembrePréparer un tas de feuilles mortes pour les papillons2 à 3 cm dans un coin ombragé

Si vous avez un potager, les tomates ont besoin d'un coup de pouce

Les fleurs de tomates sont autofertiles, mais elles ont quand même besoin d'un mouvement pour libérer le pollen. Ce mouvement, ce sont les bourdons et les abeilles qui le font, parfois le vent aussi. En pleine terre, les tomates sont bien pollinisées grâce aux abeilles sauvages. Sur un balcon en ville, si aucun pollinisateur ne passe, les fleurs peuvent manquer de pollen. Il suffit alors de secouer légèrement les tiges florales, ou d'utiliser un petit coton-tige pour faire tomber le pollen de l'étamine vers le pistil. Mais avant de secouer, pensez à planter des fleurs mellifères à proximité des plants de tomates. Une bordure de bourrache ou de phacélie à côté des tomates attire toujours les bourdons.

Le lien entre pollinisation et récolte est direct. Une tomate non pollinisée ne se développe pas. Elle reste petite et tombe. La même chose vaut pour les courgettes, concombres et pastèques, qui ont besoin de plusieurs visites d'abeilles. Sur la page dédiée aux tomates de ce site, vous trouverez plus de détails sur les soins à donner aux plants. Mais retenez que, sans abeilles, même les tomates deviennent capricieuses.

Et si vous voulez aller plus loin dans l'aménagement du potager, la page du potager donne des conseils sur les semis, le sol et l'arrosage, toujours en lien avec cette biodiversité qui travaille pour nous.

Les sources fiables pour aller plus loin

Voici les références officielles et documentées qui ont servi à écrire ces conseils :

Ces documents donnent des listes exhaustives de plantes, des méthodes d'aménagement et des chiffres précis. Ils sont consultables gratuitement en ligne. Si vous voulez un détail, ouvrez celui du Ministère de l'Agriculture, il y a des tableaux très complets avec les périodes de floraison.

Sources